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Analyse rétrospective

Beauté Cachée – Un film plus profond qu’on ne le pense

Notre analyse points par points, stase par stase, du film « Beauté Cachée » de David Frankel, sorti en Décembre 2016. Nous formerons l’analyse par plusieurs réponses à certaines questions tout en émettant certaines hypothèses.

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Beauté Cachée de David Frankel est un film sorti aux États-Unis le 12 Décembre 2016 et sorti en France le 21 Décembre de la même année. Le film raconte l’histoire d’Howard Inlet (Will Smith), un publicitaire new-yorkais, qui vit une tragédie et tombe dans une profonde dépression lorsque sa fille de 6 ans meurt. Ses collègues (Edward NortonKate Winslet et Michael Peña), craignant pour sa santé et pour l’avenir de leur entreprise échafaudent alors un stratagème des plus inattendus pour l’obliger à affronter sa souffrance. Puisque Howard écrit des lettres « thérapeutiques » et symboliques au Temps (Jacob Latimore), à la Mort (Helen Mirren) et à l’Amour (Keira Knightley), ses trois collègues décident d’employer trois acteurs pour être l’incarnation de ces trois symboles. Tel est le pitch plutôt intriguant et surprenant pour un drame sortant en période de fête. C’est un film qui, pour un budget honorable de 36 millions de dollars, en a rapporté environ 88 dans son exploitation internationale (sources box-office Mojo). En France, le film a fait le modeste score de 319 000 entrées, souffrant de sa sortie conjointe face au mastodonte de Justin Kurzel, Assassin’s Creed. Beauté Cachée s’est méchamment pris un tollé critique. Il bénéficie d’un 1/5 de la part de Télérama ou un 2/5 du site mondociné. Le côté larmoyant du film est ce qui lui est le plus reproché. Il obtient néanmoins une note plus correcte sur le réseau social Senscritique avec une moyenne de 6,2/10. Quand au site Rotten Tomatoes, il obtient le ratio catastrophique de 12 % d’avis positifs.

Pourtant, Beauté Cachée est un drame subtil qui dissimule bien son jeu. Le film se dégage de ses carcans larmoyants et stéréotypés pour se mouvoir dans un film aux clefs de lectures multiples, et les retournements de situations dits capillotractés découlent d’une logique totalement fiable et bien ordonnée par David Frankel.

NB : Avant de continuer, nous souhaitons vous prévenir que la chronique s’organisera autour d’un système de questions/réponses dégageant les grands axes du film à analyser. Ainsi, inévitablement, le film sera spolié à 100 %. Nous vous invitons à voir le long-métrage avant de revenir lire l’analyse.

Posons nous déjà une première question primordiale : Le retournement de situation de fin est-il vraiment tiré par les cheveux ?

La campagne marketing de Beauté Cachée reposait déjà sur un couac. Le film supposait clairement que ce soit Howard lui-même pendant sa dépression qui percevait les trois abstractions qui venaient à son encontre. Le film prenait clairement l’allure d’un feel-good, alors qu’il est quasiment tout le contraire. C’est en effet les plus proches collègues d’Howard (Simon, Claire et Whit) qui décide d’embaucher des acteurs pour représenter ces abstractions afin d’évincer Howard de la boîte puisque ce dernier se mure dans un silence dangereux, faisant perdre à l’entreprise tous ses partenariats. On tombe dans quelque chose de plus morbide, celui de manipuler et d’évincer un homme meurtri par le deuil de sa fille. Mais Frankel réussit à nous tromper par deux fois puisque dans une révélation finale, on apprend que les trois « acteurs » sont réellement des abstractions ! Alors, est-ce tiré par les cheveux comme révélation ?

Non, à notre sens, toutes les ficelles dramatiques étaient déjà tendues au spectateur pour qu’il comprenne que c’était directement des abstractions. Il n’y a, d’autant plus, aucun faux raccord quand à cette certitude. En effet, dans le film, seul Howard, Whit, Claire et Simon voient les abstractions. Dans une perspective chronologique, c’est d’abord Whit qui est interpellé par Amy (l’amour). On sait que le personnage traverse une période difficile et cela est dû à l’amour (sa fille qui le rejette). Tout comme Simon est interpellé par la mort (du fait qu’il va bientôt mourir de maladie) et Claire par le temps (parce qu’elle ne peut pas avoir d’enfants). Les trois personnages rencontrent ensuite tous ensemble les faux acteurs dans un théâtre en piteux état. On suppose déjà à l’origine que les personnages ont été invoqués peu après les lettres envoyées d’Howard. Le fait qu’ils répétaient un texte lors de la rentrée de Whit au moment de la première scène est comme un symbole. Travaillaient-ils leur logorrhée avant d’aller rencontrer Howard ? Les personnages sont ensuite découpés en duos qui collent parfaitement aux situations des amis d’Howard (comme nous l’avons soulevé précédemment). C’est à ces moments-là que les « acteurs » comprennent qu’ils ne sont pas là pour Howard mais bien pour Claire, Whit et Simon. Des scènes entières laissent le don aux personnages de réaliser la véritable nature de leurs missions. Par le biais d’un « bon mot », d’une tournure de phrase toute simple pour modifier le slogan de Whit (« Découvrez-vous en faisant peau neuve » → « Faites peau neuve, découvrez-vous ») l’amour déclenche un sursaut d’orgueil chez ce personnage obtus. C’est en le voyant venir au théâtre qu’elle semble comprendre, par le biais d’un plan rapproché sur son regard qui en dit long, qu’elle est là pour lui. La scène où il se retrouveront en ville confirme tout cela. Elle tente de le faire parler de sa fille, afin qu’il apprenne la nature du véritable amour, chose qu’il n’avait pas avant de la rencontrer.

Pour Simon, la donne est semblable, c’est dans la scène dans le magasin où Brigitte le suit dans les rayons qu’elle comprend les raisons de sa venue. Frankel capte en plan semi-rapproché Simon qui déambule dans les rayons au fur et à mesure qu’il se livre à Brigitte. Cette dernière disparaît puis réapparaît à plusieurs reprises dans le cadre. Par ce procédé, on comprend comme clef de lecture que Simon tente de fuir la mort, mais que ce ne sera cette fois pas possible. La scène finale entre les deux personnages le prouve à nouveau. Brigitte, au moment de faire ses adieux à Simon lui dit : « A bientôt le vieux », ce qui sous-entend clairement qu’elle va bientôt l’accueillir en son sein. Elle lui dit d’autant plus ceci : « Rien n’est vraiment mort si l’on regarde bien » ce qui coïncide avec le fait que ce soit elle qui transmet la maxime de la beauté cachée à Madeline dans l’hôpital en fin de film.

Enfin, Claire est avec le temps, interprété par le personnage de Raffi lui-même interprété par l’acteur Jacob Latimore. Il lui suffit d’un regard sur un flyer pour lui aussi comprendre sa mission auprès de Claire, celle de lui montrer qu’elle n’a pas, en privilégiant sa « famille » professionnelle, fait l’impasse sur une famille personnelle, ce que tente à plusieurs reprises de lui faire comprendre le personnage de Raffi : « Le temps ne va pas de Janvier à Décembre ou de minuit à midi, c’est une image dans notre tête ». Un dialogue est représentatif en soi de tout ce que peut-être Beauté Cachée :

« Je dirais que le temps n’a pas gagné la bataille »

« Je croyais que c’était une illusion ? »

« Je dis peut être des conneries, je faisais juste l’acteur »

A l’inverse de Brigitte et Amy, Raffi, par son âge plus jeune trouve une manière plus « insolente » de faire comprendre à Claire de passer au-delà de sa perception du temps. Ainsi, on voit bien les enjeux du long-métrage. Les personnages « acteurs » chargés de décontenancer Howard sont en fait de véritables abstractions, invoqués à l’origine pour l’aider lui mais ils se sont rendus compte que c’était véritablement Claire, Whit et Simon qui avaient besoin d’aide. De plus, personne d’autre ne les voient. Il est supposé que la détective aie trouvé Brigitte fabuleuse lors de son intervention envers Howard mais c’est suggéré par Simon et aucune scène ne nous prouve qu’elle était au courant de la supercherie. Enfin dans le comportement même des personnages, on a d’autres indices. L’amour (Amy) par exemple, est rebutée par le projet initial de Whit. Pour elle c’est la sincérité des liens humains qui prime, c’est pour cela qu’elle aura de virulents échanges avec Howard puisque ce dernier dans l’intro dit : « on est ici pour créer du lien ». Ils accordent tous deux une grande place à l’amour. C’est aussi pour cela qu’Howard, déçu et trahi, écrira dans sa lettre pour l’amour simplement « Adieu ». De plus, Howard reçoit sans colère les interventions de la mort et du temps mais pas celle de l’amour. Il dira d’autant plus en parallèle à Madeline : « Je ne sais même plus ce que c’est que l’amour », preuve qu’il a rompu totalement avec Amy et Madeline et que c’est cette abstraction qui a le plus de pain sur la planche pour qu’il extériorise sa peine. La mort (Brigitte) est, elle, le personnage la plus lucide lorsqu’elle dit, en contradiction avec Amy : « Nous allons représenter son cosmos ». Brigitte est celle qui est la plus clairvoyante, et qui comprend plus facilement les choses face à la jeunesse et la fougue de Raffi et Amy.

Ainsi, le retournement de situation n’est pas capillotracté, avec tact, finesse et subtilité, Frankel parvient à démonter son pitch initial prévu dans les trailers avant de le reconstruire lors de sa révélation finale. Tout à un sens ! On pourrait résumer les enjeux de Beauté Cachée ainsi :

En début de film, Howard, désespéré et meurtri par la mort de sa fille, écrit au temps, à l’amour et à la mort. Sans le savoir, ils les invoquent. Avant leurs apparitions, Whit est lui concerné par un problème d’amour avec sa fille. Il tombe ainsi sur Amy (l’amour) qui l’emmène au théâtre où se trouve Brigitte (la mort) et Raffi (le temps). Ces trois personnages seraient les abstractions en train de répéter leurs diatribes pour sortir Howard de sa latence mais c’est en formant les duos avec Claire, Whit et Simon qu’ils comprendront leur véritable mission : Les sauver eux de leurs problèmes respectifs et faire en sorte qu’Howard extériorise tout seul sa douleur et sa peine, pour qu’il puisse ensuite retrouver sa femme Madeline.


Passons à une deuxième question : La deuxième fin (les retrouvailles Madeline-Howard) est-elle aussi une fin poussive et stéréotypée ?

A notre sens non. Un seul gros indice arrive à distiller la possible fin entre les deux personnages. A plusieurs reprises, les personnages se rencontrent et discutent de leur manière de se confronter au deuil. On apprend d’autant plus qu’à un moment, le mystérieux mari de Madeline lui a transmis une lettre où il était écrit : « Si seulement nous pouvions être à nouveau des étrangers… ». On comprend dès lors que c’est ce qui s’est actuellement passé entre Howard et Madeline après le décès de leur fille. Howard a fait le choix de revenir vers Madeline. Cette dernière, surprise de son retour lui demande le nom de sa fille. C’est LA question qui tourmente notre protagoniste, celui de faire son deuil en se livrant, en donnant le nom de sa progéniture disparue. Howard n’y arrive tout d’abords pas. Madeline pensant en effet, en le voyant revenir, qu’il est prêt à avancer. Il ne le fera finalement qu’en fin de film. La donne de Beauté Cachée est complètement différente du propos initial. Howard est en thérapie, non pas grâce aux abstractions mais grâce à Madeline. Frankel s’est livré à un jeu dangereux, il nous a laissé croire à une centralisation du film autour de la thérapie d’Howard avec les trois abstractions, mais cela s’avère finalement être Whit, Simon et Claire qui semblent concernés par le sujet.

Nouvelle question : Claire, Simon et Whit sont-ils des personnages avec un mauvais fond ?

La question se pose tant elle soulève beaucoup d’interrogations. On sait que c’est eux trois qui ont monté le stratagème avec les abstractions pour évincer Howard de l’entreprise. Mais ce sont des personnages eux-aussi tourmentés qui devaient inéluctablement réaliser cela, même à un ami. Chose qu’Howard semble lui-même accepter, pensant notamment que sa pérennité dans la boîte ne pouvait pas continuer dans cette situation. L’entreprise était toute sa vie, il avait notamment préparé le terrain pour que sa fille récupère les actions à sa mort. Trop de souvenirs hantaient ces locaux et blessaient silencieusement Howard. Il répond d’ailleurs à Claire, Whit et Simon qu’ils avaient bien fait d’avoir monté tout ce stratagème. Preuve de l’existence réelle des abstractions, Howard ne leur reproche pas cette partie du plan mais uniquement le fait d’avoir été suivi par la détective. Claire, Simon et Whit n’avait pas d’autres choix que de le faire, puisque l’entreprise était, pour tous les trois, un leitmotiv de leur vie, quelque chose pour lequel ils ont tout sacrifié.

Claire c’est la figure de la mère protectrice. Son problème central se situe autour du temps, du fait qu’à cause de son énorme investissement dans l’entreprise, elle est passée à côté de son rôle de mère, chose qu’elle souhaitait absolument. Elle a remplacé son rôle de mère en étant la figure maternelle de l’entreprise, d’Howard et de Whit. En début de film, devant l’impatience de Whit à réagir, elle le fait réfléchir et lui fait faire un exercice de relaxation auprès des sapins de Noël. C’est la mère frustrée qui parle, elle fait avec Whit, des choses qu’elle souhaitait faire en tant que maman. Elle prend aussi soin d’Howard en lui apportant à manger. Plus qu’un ami, c’est son « fils » de cœur et l’entreprise, sa famille. Claire n’a pas un fond détestable puisqu’elle est rebutée pendant les 3/4 du film à l’idée de trahir Howard mais elle ne voulait pas que son sacrifice de la maternité n’aie servi à rien, en voyant la boîte pour laquelle elle a travaillée fermer.

Simon a lui aussi participé à tout cela car il allait mourir de maladie, et ne voulait pas laisser sa famille dans le besoin, chose logique et compréhensible. Entre famille et amis la priorité est quand même facile à deviner, surtout dans les cas les plus extrêmes. Possédant quelques parts dans l’entreprise, il peut facilement mettre sa famille à l’abri sur les parts d’Howard sont vendues et la société relancée.

Whit est un cas cependant moins défendable. Le personnage semble brisé par l’amour (son divorce avec sa femme, et le mutisme de sa fille qui ne veut plus le voir). Il semble ainsi dépourvu d’empathie envers son ami de toujours, Howard. Toutefois, ses légers élans d’ouverture avec Amy (notamment la scène de première lecture de la lettre) préfigure un personnage malgré tout tendre qui veut lui aussi sauver son ami, sans avoir fait attention aux proportions qu’allait prendre leur stratagème.

De toute manière, Howard est un peu, même avec sa mise en retrait, le deus ex machina de Beauté Cachée. Au début du film, c’est lui qui distille la maxime principale que l’on retiendra par la suite. Il est un gourou porteur d’une idée utopique et germinatrice. C’est lui qui fait prédominer l’importance des trois abstractions. Le travelling circulaire autour d’Howard lorsqu’il répète ce listing montre le cheminement de ces idées dans sa tête et montre aussi deux stases de son état, il est d’abords persuadé et motivé de cette existence des abstractions puis son visage est avachi, démonté, il n’y croit plus. Les couleurs suivent ce changement d’atmosphère, en devant moins claires, moins tape-à-l’œil. Le jeu avec les dominos qui tombent est une mise en abîme d’Howard lui-même, il construit et déconstruit tout le temps des figures en dominos, c’est l’œuvre de sa vie qu’il démonte, le personnage est lésé, usé par une vie qui ne présente plus d’intérêt. Lors de la réunion avec le conseil d’administration, on voit bien que le personnage a été placé au-dessus des autres puisqu’il perçoit avec lucidité toutes les situations de ses amis. En écrivant les lettres, il invoque le cosmos pour donner un sens au monde qu’il a tenté de créer précédemment. Il veut donner sens à son utopie créatrice et il y arrive. Ce sont les souhaits d’Howard qui créent Beauté Cachée. C’est un personnage scénariste de toute cette aventure. Le planséquence d’Howard a vélo pour poster les lettres aux abstractions est le plan de plus beau du film puisqu’il montre le cheminement de son idée et le pose en tant que géniteur des abstractions. Un parallèle intéressant montre aussi l’évolution du personnage. En début de long-métrage on le voit prendre à vélo une route en sens inverse, motivé par l’idée de provoquer en duel la mort. Cette thérapie avec Madeline lui permet de prendre du recul sur la situation, et dans un plan en fin de film on le voit reprendre le sens normal de la route.

Beauté Cachée est enfin, un film qui invoque de puissantes références. Le point d’orgue reste la scène dans le métro entre la mort et Howard. Ce dernier, dans un monologue extermine tous les préjugés des intellectuels autour du thème de la mortalité, traitant la religion et les poèmes de Whitman et Dylan Thomas (poète central d’Interstellar de Christopher Nolan) de « conneries d’intellos ».

Beauté Cachée est ainsi un film puissant. Sous-entendant d’abords, une facilité de traitement de sa narration, il faut le voir plusieurs fois pour comprendre que tout à été fait avec un but final. Tout n’était pas fait au hasard, surtout le choix de commencer avec les abstractions en tant qu’acteurs. Tout est guidé de manière à transmettre une véritable leçon de vie qui dépasse les strates d’une lecture simple.

Ecrivain de littérature jeunesse, auteur d'une saga littéraire de science-fiction retrouvable ici Futur professeur des écoles, je suis passionné par tout ce qui touche de près comme de loin au cinéma. Je chronique souvent des films d'actualités, mais aussi beaucoup plus anciens. Un film préféré ? Collateral Beauty de David Frankel. Comédien(ne)s favori(e)s ? Ricardo Darin et Helena Bonham Carter.

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Analyse rétrospective

Gros doss’ – Pourquoi La vie rêvée de Walter Mitty est un film qui fait du bien…

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La vie rêvée de Walter Mitty (The Secret life of Walter Mitty en V.O) est un film réalisé par Ben Stiller et sorti le 1er Janvier 2014. Petit succès critique et commercial d’estime (188M de dollars de recettes pour un budget initial de 90M et 970 000 entrées en France), le film à depuis, très vite disparu des radars. Basé sur le livre initial de James Thurber, « La vie rêvée de Walter Mitty » raconte l’histoire de Walter Mitty, un homme ordinaire, enfermé dans son quotidien, qui n’ose s’évader qu’à travers des rêves à la fois drôles et extravagants. Mais confronté à une difficulté dans sa vie professionnelle, Il doit trouver le courage de passer à l’action dans le monde réel. Il va embarquer alors dans un périple incroyable, pour vivre une aventure bien plus riche que tout ce qu’il aurait pu imaginer jusqu’ici. Et qui devrait changer sa vie à jamais.


L’unique souhait de revenir sur ce long-métrage assez ancien désormais (qui va avoir quasiment 6 ans) est sans équivoque. A l’instar du film « Beauté Cachée » de David Frankel, que nous avons précédemment traité sur notre site, « Walter Mitty » reste, à un degré moindre du film porté par Will Smith, profondément mal-aimé et profondément oublié, alors que tout le halo positif qui règne à l’intérieur de ce long-métrage mériterait à juste titre de plus grandes louanges.

Durendal, youtuber cinéma, dans son avis sorti en 2014 sur le film « Walter Mitty » a profité de son large audimat pour qualifier le film de « merde » qui nous vend du rêve avec du « basique ».

Orson Welles, au contraire, disait ceci :

« Ce qui est merveilleux au cinéma, ce qui le rend tellement supérieur au théâtre, c’est qu’il possède beaucoup d’éléments qui peuvent nous vaincre mais aussi nous enrichir, nous offrir une vie qui ne vient de nulle part ».


En soi, cet avis sur Walter Mitty pourrait se résumer à cette unique tirade de Welles. Parce qu’en soi, la trajectoire de vie emprunté par le personnage de Walter Mitty pourrait sortir de nulle part. Dans la vie de tous les jours, qui pourrait tout laisser tomber et partir à la poursuite de quelqu’un autour du monde pour un souci professionnel ? Le film cherche à montrer un état de fait tout simple. Si l’on est enfermé dans une routine qui nous assaille par sa pénibilité, il suffit de se donner les moyens de plonger dans l’inconnu et de saisir toutes les opportunités qui se présentent à soi. Le cheminement du personnage est en quelque sorte une toile de fond symbolique dans la vie de chacun. Timide et rêveur, c’est un personnage qui, au fur et à mesure de l’avancement du récit, commence à prendre des décisions insensées, juste poussé par son désir de contredire une sentence profonde de son esprit qui est « Je suis bien dans mon confort, je ne veux rien changer ». A de multiples reprises, Walter se retrouve dans une situation où deux choix s’offrent à lui : Prendre une décision importante ou renoncer et rester dans son état de confort du moment (Lorsqu’il hésite à partir sur les traces du photographe, à prendre l’hélicoptère avec le pilote bourré, à sauter au milieu de la mer…) Tout est fait en concordance avec notre vie de tous les jours.

Le cinéma que propose Ben Stiller au travers de cela est clairement un cinéma construit pour essayer de nous enrichir. Bien enraciné dans les carcans du feel-good movie, Ben Stiller essaie de nous montrer que nous sommes la seule barrière à la réalisation de nos rêves, et qu’en saisissant toutes les opportunités destinées à nous enrichir, on peut sortir d’une vie routinière et casanière.
Alors oui, concrètement, le choix de privilégier un long-métrage avec comme message symbolique : « vivez vos rêves, c’est trop cool » c’est forcément simple, et beaucoup de films savent le faire (The Greatest Showman pousse à la création artistique et les feel-good movies en règle générale s’accordent sur ce choix) mais « La vie rêvée de Walter Mitty » le fait avec plus de légèreté, voire de naïveté qui te pousse à voir les choses différemment. Le ridicule potentiel de certaines scènes (la scène où Walter s’imagine avec sa collègue de boulot vieux, assis sur un banc) s’accorde simplement avec une réalité que chacun à déjà pensé dans sa vie.

Simplement, Walter Mitty fait appel à l’enfant et la naïveté enfoui en chacun de nous, et les longues stases contemplatives du personnage qui déambule en vélo et en skate-board dans les décors magnifiés d’Islande sont juste présentes, non pas pour effectuer du remplissage, mais pour se faire écho en chacun de nous sur la possibilité de réaliser ses rêves et surtout montrer de l’instantané changement de cadre dans notre vie si l’on défausse la barrière invisible du « Je ne peux pas le faire pour x raisons ». Notre vie est, certes, régie par des obligations professionnelles, sociales, familiales, mais ce n’est que nous-même qui nous assujettissons à ces doléances. En un coup de vent (et une ellipse d’un jour à peine environ dans le film), Walter Mitty se retrouve loin de son petit chez lui, dans un avion en direction du Groenland. C’est ce message que Ben Stiller tente de faire passer.
C’est pourquoi, avec cette volonté forte de nous faire ressentir ce message poignant et légèrement naïf sur notre vie de tous les jours, Ben Stiller ne nous vend pas du « basique » mais bien une vie « sortie de nulle part » qui peut s’accorder avec la nôtre.
En dehors de cela, c’est un film profondément réussi dans sa direction artistique. La palette de musique empruntée par Theodore Shapiro (Du Of Monsters and Men, du David Bowie, du Jose Gonzalez) participe à cette atmosphère qui cherche à te faire évacuer de ton quotidien le temps d’une heure et demi, pour te montrer que tout est possible si tu t’en donnes les moyens.

Hormis le fait de vivre ses rêves, le long-métrage aborde toujours d’autres pistes, et montre que faire tomber ses propres barrières mentales permet aussi d’effectuer bon nombre de choses différentes (comme rester insoumis face à l’autorité abusive et déraisonnable ; aborder quelqu’un pour qui on ressent de l’amour sans paraître ridicule ou que cela paraisse malvenu…).

Loin de vendre du rêve avec du basique, « La vie rêvée de Walter Mitty » cherche avant tout à vendre une autre réalité qui, si l’on arrive déjà à outrepasser le versant gentillet et naïf de la ligne conductrice du récit, peut permettre de nous enrichir sur une vision de la vie qui est à notre portée.
Emouvant, touchant et rempli de vie, « La vie rêvée de Walter Mitty » est clairement un film à ne pas manquer si vous ne l’avez pas encore vu…

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Analyse rétrospective

L’imaginaire au cinéma

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Autrefois cloisonnés à l’univers Geeks, les styles SFFF (Science-fiction, Fantastique, Fantasy)* ont, aujourd’hui la part belle dans le milieu culturel mondial (livres, BD, salons, expositions, rétrospectives…).

Retour sur l’histoire d’une réussite non annoncée.

L’imaginaire a longtemps fasciné l’Homme. Les contes de Grimm (régulièrement repris par Disney), Jules Verne, Poe, Maupassant. Pour certains, la bible serait le premier livre fantastique de toute l’histoire (je vous laisse seul juge de cet élément).

Georges Méliès : le Voyage dans la lune, 1902

À la fin du 19e siècle, les frères lumière inventent le cinématographe, ouvrant ainsi de nouvelles voies de diffusion médiatique. Rapidement, le (peu) de réalisateurs de l’époque se sont tournés vers l’imaginaire : Voyage dans la lune, Dracula (vampire), le monstre de Frankenstein (monstres anthropomorphiques), La nuit des morts-vivants (zombies) ou encore le Manoir du Diable (fantômes). La fantasy a mis plus de temps à venir avec notamment grâce à Georges Méliès qui s’essaye de manière plus ou moins réussie à l’adaptation de Cendrillon. En 1939, la réalisation du magicien d’Oz sera considérée comme le tout premier film fantasy. Il faudra ensuite attendre 1982 et Conan le Barbare pour un retour en fanfare de l’heroic fantasy et aux références BD.

Depuis quelques années, la culture geek, jusque-là bastion imprenable d’une minorité, a été rendue accessible au plus grand nombre grâce, notamment, au cinéma (Marvel, DC, le Seigneur des anneaux, Harry Potter…) et aux séries (Game Of Thrones, the Big Bang théorie…).

Pourquoi ceux qui ont été les parias des cours de récré et plus fervents défenseurs de l’imaginaire sont aujourd’hui spoliés de ce qui les caractérisait ? Question intéressante à laquelle je ne répondrai qu’en présence de mon avocat. Malgré tout, je peux au moins vous donner un élément de réponse : 42 car avoir la « geek attitude », ce n’est pas uniquement se rendre au cinéma ou regarder une série liée à l’imaginaire, ça fait partie soi.


Longue vie et prospérité.

* Pour les non-initiés, une très rapide et synthétique définition des trois termes utilisés :

Science-fiction : imaginaire dans le futur

Fantastique : imaginaire dans le présent

Fantasy : imaginaire dans le présent

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Analyse rétrospective

Star Trek à Star Wars : miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est le plus beau ?

Pour un geek digne de ce nom, difficile de passer à côté de la sortie du 9e épisode de Star Wars. En parallèle, vous n’aurez pas non plus échappé à la série Star Trek « Discovery. »

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Alors, la question qui fait débat depuis bien longtemps dans le cœur des fans, quelle est la meilleure série/saga SF : Star wars (SW) ou Star trek (ST) ?

Même si, initialement, les deux ne jouaient pas dans la même catégorie, depuis quelques années, l’univers SW est également proposé sous forme de séries. Donc, pour répondre de manière impartiale (ou pas), plusieurs critères sont à prendre en considération, tels que : l’ancienneté, l’histoire, le scénario, la longévité, le nombre d’épisodes, la taille du fan-club… (la liste non exhaustive).

Critère de l’ancienneté (hors livres) :

Lorsque ST est diffusé en 1966, nous sommes aux prémices de l’exploration spatiale. Yuri Gagarin s’est envolé 5 ans auparavant au-delà de la stratosphère et la Nasa prépare son voyage vers la lune (juillet 1969) pour éviter de se faire coiffer au poteau par les Russes. Si on y regarde de plus près, Star trek est la continuité de cette aventure humaine passionnante et donc, plus proche de nous que Star wars dont le premier épisode (IV) ne sortira que 10 ans plus tard (1977). A cette époque, l’aventure spatiale n’est plus qu’un lointain souvenir (les missions apolo se sont terminées en 1972).

L’histoire :

SW est du genre « space opera » (comprendre fantasy et science-fiction). Concernant le scénario à proprement parler, Star wars est très manichéen, l’Empire contre les Rebelles. C’est également très américain : les bons contre les méchants, si je puis résumer ainsi (la guerre froide y étant pour beaucoup). Malheureusement, n’en déplaise à certains, je trouve beaucoup de redondances scénaristiques à partir de l’épisode VII (l’Empire et la lune noire, la rébellion, l’Empire et la seconde lune, la rébellion, L’Empire et la base Starkiller, la rébellion…).

ST est de la science-fiction « utopique » et nous emmène dans une exploration de terres lointaines (un remake de la colonisation, mais à la sauce hippie). La série est plus mesurée pour deux raisons. La première est qu’il s’agit, à l’origine, d’une série télévisée contrairement à SW. Le budget est donc bien moindre et le scénario doit s’adapter à toutes les générations de téléspectateur. La seconde raison est que, l’auteur, Gene Roddenberry, souhaitait réaliser une série « utopique, » donc, par essence, moins sombre que son homologue.

Malheureusement, contrairement à la trilogie SW, les différentes séries jusqu’à 2005 ont mal vieilli (il suffit de jeter un coup d’œil aux effets spéciaux et au jeu d’acteur). Seule l’originale sort du lot grâce aux emblématiques Capitaine Kirk, Spock, Sulu, Maccoy…


La longévité : SW Disney vs New Star trek

Cependant, ST n’a pas dit son dernier mot. Après la sortie du dernier film « sans limites » en 2017 (de Justin Lin), voilà : « Discovery » qui nous présente une nouvelle facette de l’exploration. Cette série, qui en est actuellement à sa seconde saison, sort du contexte « utopique » d’une humanité empathique sauvant toutes les races de l’univers que toutes ses aînées avaient suivies jusque-là (n’en déplaise à Gene Roddenberry). Ici, les personnages sont plus sombres, plus violents, plus tourmentés et plus enclins aux travers de l’Homme. Les puristes de la série

Lego Star wars, Star wars Rebels, Star wars contre les pokemons… nous voyons ici que la multiplication des séries nuit gravement à la santé des franchises. Personnellement, je frôle l’indigestion.

Conclusion :

Même si Star wars reste LA référence du film de science-fiction, personnellement, depuis l’épisode VII (en fait, depuis l’acquisition de la franchise par Disney) SW est tombé dans mes oubliettes aux côtés de nombreuses autres catastrophes filmographiques (que je nomme affectueusement les catastrofilms) que je ne citerais pas. En fait, depuis que le géant y a mis son grain de sel, la saga a, pour moi, perdu son âme. N’est pas Georges Lucas qui veut…

Star trek a su se refaire une beauté ces trois dernières années avec un film et une série qui sort le mythe de sa caverne. Espérons que le lifting tienne bon.

Pour ma part, et sans être démago, je déclare donc le match nul.

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