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Analyse rétrospective

Gros doss’ – Pourquoi La vie rêvée de Walter Mitty est un film qui fait du bien…

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La vie rêvée de Walter Mitty (The Secret life of Walter Mitty en V.O) est un film réalisé par Ben Stiller et sorti le 1er Janvier 2014. Petit succès critique et commercial d’estime (188M de dollars de recettes pour un budget initial de 90M et 970 000 entrées en France), le film à depuis, très vite disparu des radars. Basé sur le livre initial de James Thurber, « La vie rêvée de Walter Mitty » raconte l’histoire de Walter Mitty, un homme ordinaire, enfermé dans son quotidien, qui n’ose s’évader qu’à travers des rêves à la fois drôles et extravagants. Mais confronté à une difficulté dans sa vie professionnelle, Il doit trouver le courage de passer à l’action dans le monde réel. Il va embarquer alors dans un périple incroyable, pour vivre une aventure bien plus riche que tout ce qu’il aurait pu imaginer jusqu’ici. Et qui devrait changer sa vie à jamais.


L’unique souhait de revenir sur ce long-métrage assez ancien désormais (qui va avoir quasiment 6 ans) est sans équivoque. A l’instar du film « Beauté Cachée » de David Frankel, que nous avons précédemment traité sur notre site, « Walter Mitty » reste, à un degré moindre du film porté par Will Smith, profondément mal-aimé et profondément oublié, alors que tout le halo positif qui règne à l’intérieur de ce long-métrage mériterait à juste titre de plus grandes louanges.

Durendal, youtuber cinéma, dans son avis sorti en 2014 sur le film « Walter Mitty » a profité de son large audimat pour qualifier le film de « merde » qui nous vend du rêve avec du « basique ».

Orson Welles, au contraire, disait ceci :

« Ce qui est merveilleux au cinéma, ce qui le rend tellement supérieur au théâtre, c’est qu’il possède beaucoup d’éléments qui peuvent nous vaincre mais aussi nous enrichir, nous offrir une vie qui ne vient de nulle part ».


En soi, cet avis sur Walter Mitty pourrait se résumer à cette unique tirade de Welles. Parce qu’en soi, la trajectoire de vie emprunté par le personnage de Walter Mitty pourrait sortir de nulle part. Dans la vie de tous les jours, qui pourrait tout laisser tomber et partir à la poursuite de quelqu’un autour du monde pour un souci professionnel ? Le film cherche à montrer un état de fait tout simple. Si l’on est enfermé dans une routine qui nous assaille par sa pénibilité, il suffit de se donner les moyens de plonger dans l’inconnu et de saisir toutes les opportunités qui se présentent à soi. Le cheminement du personnage est en quelque sorte une toile de fond symbolique dans la vie de chacun. Timide et rêveur, c’est un personnage qui, au fur et à mesure de l’avancement du récit, commence à prendre des décisions insensées, juste poussé par son désir de contredire une sentence profonde de son esprit qui est « Je suis bien dans mon confort, je ne veux rien changer ». A de multiples reprises, Walter se retrouve dans une situation où deux choix s’offrent à lui : Prendre une décision importante ou renoncer et rester dans son état de confort du moment (Lorsqu’il hésite à partir sur les traces du photographe, à prendre l’hélicoptère avec le pilote bourré, à sauter au milieu de la mer…) Tout est fait en concordance avec notre vie de tous les jours.

Le cinéma que propose Ben Stiller au travers de cela est clairement un cinéma construit pour essayer de nous enrichir. Bien enraciné dans les carcans du feel-good movie, Ben Stiller essaie de nous montrer que nous sommes la seule barrière à la réalisation de nos rêves, et qu’en saisissant toutes les opportunités destinées à nous enrichir, on peut sortir d’une vie routinière et casanière.
Alors oui, concrètement, le choix de privilégier un long-métrage avec comme message symbolique : « vivez vos rêves, c’est trop cool » c’est forcément simple, et beaucoup de films savent le faire (The Greatest Showman pousse à la création artistique et les feel-good movies en règle générale s’accordent sur ce choix) mais « La vie rêvée de Walter Mitty » le fait avec plus de légèreté, voire de naïveté qui te pousse à voir les choses différemment. Le ridicule potentiel de certaines scènes (la scène où Walter s’imagine avec sa collègue de boulot vieux, assis sur un banc) s’accorde simplement avec une réalité que chacun à déjà pensé dans sa vie.

Simplement, Walter Mitty fait appel à l’enfant et la naïveté enfoui en chacun de nous, et les longues stases contemplatives du personnage qui déambule en vélo et en skate-board dans les décors magnifiés d’Islande sont juste présentes, non pas pour effectuer du remplissage, mais pour se faire écho en chacun de nous sur la possibilité de réaliser ses rêves et surtout montrer de l’instantané changement de cadre dans notre vie si l’on défausse la barrière invisible du « Je ne peux pas le faire pour x raisons ». Notre vie est, certes, régie par des obligations professionnelles, sociales, familiales, mais ce n’est que nous-même qui nous assujettissons à ces doléances. En un coup de vent (et une ellipse d’un jour à peine environ dans le film), Walter Mitty se retrouve loin de son petit chez lui, dans un avion en direction du Groenland. C’est ce message que Ben Stiller tente de faire passer.
C’est pourquoi, avec cette volonté forte de nous faire ressentir ce message poignant et légèrement naïf sur notre vie de tous les jours, Ben Stiller ne nous vend pas du « basique » mais bien une vie « sortie de nulle part » qui peut s’accorder avec la nôtre.
En dehors de cela, c’est un film profondément réussi dans sa direction artistique. La palette de musique empruntée par Theodore Shapiro (Du Of Monsters and Men, du David Bowie, du Jose Gonzalez) participe à cette atmosphère qui cherche à te faire évacuer de ton quotidien le temps d’une heure et demi, pour te montrer que tout est possible si tu t’en donnes les moyens.

Hormis le fait de vivre ses rêves, le long-métrage aborde toujours d’autres pistes, et montre que faire tomber ses propres barrières mentales permet aussi d’effectuer bon nombre de choses différentes (comme rester insoumis face à l’autorité abusive et déraisonnable ; aborder quelqu’un pour qui on ressent de l’amour sans paraître ridicule ou que cela paraisse malvenu…).

Loin de vendre du rêve avec du basique, « La vie rêvée de Walter Mitty » cherche avant tout à vendre une autre réalité qui, si l’on arrive déjà à outrepasser le versant gentillet et naïf de la ligne conductrice du récit, peut permettre de nous enrichir sur une vision de la vie qui est à notre portée.
Emouvant, touchant et rempli de vie, « La vie rêvée de Walter Mitty » est clairement un film à ne pas manquer si vous ne l’avez pas encore vu…

Ecrivain de littérature jeunesse, auteur d'une saga littéraire de science-fiction retrouvable ici Futur professeur des écoles, je suis passionné par tout ce qui touche de près comme de loin au cinéma. Je chronique souvent des films d'actualités, mais aussi beaucoup plus anciens. Un film préféré ? Collateral Beauty de David Frankel. Comédien(ne)s favori(e)s ? Ricardo Darin et Helena Bonham Carter.

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Analyse rétrospective

L’imaginaire au cinéma

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Autrefois cloisonnés à l’univers Geeks, les styles SFFF (Science-fiction, Fantastique, Fantasy)* ont, aujourd’hui la part belle dans le milieu culturel mondial (livres, BD, salons, expositions, rétrospectives…).

Retour sur l’histoire d’une réussite non annoncée.

L’imaginaire a longtemps fasciné l’Homme. Les contes de Grimm (régulièrement repris par Disney), Jules Verne, Poe, Maupassant. Pour certains, la bible serait le premier livre fantastique de toute l’histoire (je vous laisse seul juge de cet élément).

Georges Méliès : le Voyage dans la lune, 1902

À la fin du 19e siècle, les frères lumière inventent le cinématographe, ouvrant ainsi de nouvelles voies de diffusion médiatique. Rapidement, le (peu) de réalisateurs de l’époque se sont tournés vers l’imaginaire : Voyage dans la lune, Dracula (vampire), le monstre de Frankenstein (monstres anthropomorphiques), La nuit des morts-vivants (zombies) ou encore le Manoir du Diable (fantômes). La fantasy a mis plus de temps à venir avec notamment grâce à Georges Méliès qui s’essaye de manière plus ou moins réussie à l’adaptation de Cendrillon. En 1939, la réalisation du magicien d’Oz sera considérée comme le tout premier film fantasy. Il faudra ensuite attendre 1982 et Conan le Barbare pour un retour en fanfare de l’heroic fantasy et aux références BD.

Depuis quelques années, la culture geek, jusque-là bastion imprenable d’une minorité, a été rendue accessible au plus grand nombre grâce, notamment, au cinéma (Marvel, DC, le Seigneur des anneaux, Harry Potter…) et aux séries (Game Of Thrones, the Big Bang théorie…).

Pourquoi ceux qui ont été les parias des cours de récré et plus fervents défenseurs de l’imaginaire sont aujourd’hui spoliés de ce qui les caractérisait ? Question intéressante à laquelle je ne répondrai qu’en présence de mon avocat. Malgré tout, je peux au moins vous donner un élément de réponse : 42 car avoir la « geek attitude », ce n’est pas uniquement se rendre au cinéma ou regarder une série liée à l’imaginaire, ça fait partie soi.


Longue vie et prospérité.

* Pour les non-initiés, une très rapide et synthétique définition des trois termes utilisés :

Science-fiction : imaginaire dans le futur

Fantastique : imaginaire dans le présent

Fantasy : imaginaire dans le présent

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Analyse rétrospective

Star Trek à Star Wars : miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est le plus beau ?

Pour un geek digne de ce nom, difficile de passer à côté de la sortie du 9e épisode de Star Wars. En parallèle, vous n’aurez pas non plus échappé à la série Star Trek « Discovery. »

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Alors, la question qui fait débat depuis bien longtemps dans le cœur des fans, quelle est la meilleure série/saga SF : Star wars (SW) ou Star trek (ST) ?

Même si, initialement, les deux ne jouaient pas dans la même catégorie, depuis quelques années, l’univers SW est également proposé sous forme de séries. Donc, pour répondre de manière impartiale (ou pas), plusieurs critères sont à prendre en considération, tels que : l’ancienneté, l’histoire, le scénario, la longévité, le nombre d’épisodes, la taille du fan-club… (la liste non exhaustive).

Critère de l’ancienneté (hors livres) :

Lorsque ST est diffusé en 1966, nous sommes aux prémices de l’exploration spatiale. Yuri Gagarin s’est envolé 5 ans auparavant au-delà de la stratosphère et la Nasa prépare son voyage vers la lune (juillet 1969) pour éviter de se faire coiffer au poteau par les Russes. Si on y regarde de plus près, Star trek est la continuité de cette aventure humaine passionnante et donc, plus proche de nous que Star wars dont le premier épisode (IV) ne sortira que 10 ans plus tard (1977). A cette époque, l’aventure spatiale n’est plus qu’un lointain souvenir (les missions apolo se sont terminées en 1972).

L’histoire :

SW est du genre « space opera » (comprendre fantasy et science-fiction). Concernant le scénario à proprement parler, Star wars est très manichéen, l’Empire contre les Rebelles. C’est également très américain : les bons contre les méchants, si je puis résumer ainsi (la guerre froide y étant pour beaucoup). Malheureusement, n’en déplaise à certains, je trouve beaucoup de redondances scénaristiques à partir de l’épisode VII (l’Empire et la lune noire, la rébellion, l’Empire et la seconde lune, la rébellion, L’Empire et la base Starkiller, la rébellion…).

ST est de la science-fiction « utopique » et nous emmène dans une exploration de terres lointaines (un remake de la colonisation, mais à la sauce hippie). La série est plus mesurée pour deux raisons. La première est qu’il s’agit, à l’origine, d’une série télévisée contrairement à SW. Le budget est donc bien moindre et le scénario doit s’adapter à toutes les générations de téléspectateur. La seconde raison est que, l’auteur, Gene Roddenberry, souhaitait réaliser une série « utopique, » donc, par essence, moins sombre que son homologue.

Malheureusement, contrairement à la trilogie SW, les différentes séries jusqu’à 2005 ont mal vieilli (il suffit de jeter un coup d’œil aux effets spéciaux et au jeu d’acteur). Seule l’originale sort du lot grâce aux emblématiques Capitaine Kirk, Spock, Sulu, Maccoy…


La longévité : SW Disney vs New Star trek

Cependant, ST n’a pas dit son dernier mot. Après la sortie du dernier film « sans limites » en 2017 (de Justin Lin), voilà : « Discovery » qui nous présente une nouvelle facette de l’exploration. Cette série, qui en est actuellement à sa seconde saison, sort du contexte « utopique » d’une humanité empathique sauvant toutes les races de l’univers que toutes ses aînées avaient suivies jusque-là (n’en déplaise à Gene Roddenberry). Ici, les personnages sont plus sombres, plus violents, plus tourmentés et plus enclins aux travers de l’Homme. Les puristes de la série

Lego Star wars, Star wars Rebels, Star wars contre les pokemons… nous voyons ici que la multiplication des séries nuit gravement à la santé des franchises. Personnellement, je frôle l’indigestion.

Conclusion :

Même si Star wars reste LA référence du film de science-fiction, personnellement, depuis l’épisode VII (en fait, depuis l’acquisition de la franchise par Disney) SW est tombé dans mes oubliettes aux côtés de nombreuses autres catastrophes filmographiques (que je nomme affectueusement les catastrofilms) que je ne citerais pas. En fait, depuis que le géant y a mis son grain de sel, la saga a, pour moi, perdu son âme. N’est pas Georges Lucas qui veut…

Star trek a su se refaire une beauté ces trois dernières années avec un film et une série qui sort le mythe de sa caverne. Espérons que le lifting tienne bon.

Pour ma part, et sans être démago, je déclare donc le match nul.

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Analyse rétrospective

« Tau » (Netflix – 2018) et le traitement de l’intelligence artificielle (1/2)

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Tau est un film sorti sur Netflix le 29 Juin 2018. Premier long-métrage de Frederico D’Alessandro, il regroupe, sous une toile de fond futuriste, des comédien(ne)s tel(le)s que Maika Monroe, une jeune actrice impériale dans It Follows de David Robert Mitchell (2014), Gary Oldman, dont la réputation n’est plus à faire, ou encore, l’hyper monolithique Ed Skrein, adepte de Blockbusters d’actions. Tau est à mi-chemin entre le thriller horrifique et la romance de science-fiction. Une jeune femme va tenter de manipuler une intelligence artificielle qui a soif de savoir afin de s’échapper d’une villa de luxe où elle est séquestrée par un tortionnaire psychopathe obnubilé par la création d’une intelligence artificielle la plus évoluée qui soit.

Le concept « huis-clos futuriste » pour créer une innovation technologique fantastique était déjà le cadre du récit d’Alex Garland au sein du très réussi « Ex Machina » qui rendait saillant les expérimentations du test de Turing sur une I.A déjà bien développée à la base. D’Alessandro cherche par certains moments à singer la thématique, en explorant de manière moins dense tout le potentiel d’incorporer le sujet de l’I.A au sein de son long-métrage. Mais le film captive son auditoire de bien d’autres façons (que je détaillerai par la suite).

Pourvu de critiques assez glaciales (2,9/5 sur Allociné et 5,2/10 sur Senscritique), nous tâcherons, à l’instar de Beauté Cachée, de proposer une analyse sur ce long-métrage afin de voir si l’aspect graphique de celui-ci et sa dimension verbale en font (comme Ex Machina) une œuvre exemplaire ou non sur son traitement de l’intelligence artificielle. Stase par stase, nous reviendrons sur tous les enjeux de chaque scène de « Tau » où Julia, notre protagoniste et l’IA sont en interaction, afin de dresser des ponts avec d’autres longs-métrages, justifier les probables parti-pris du réalisateur et se questionner convenablement sur les dimensions éthiques de ce long-métrage. Reste-t-il en effet sur ses simples souches fragiles de romance futuriste ou tente-t-il de pousser la réflexion un peu plus loin ? Ce questionnement sur « Tau » ne sera qu’un axe sous-jacent de notre étude. Nous essaierons en effet de porter le regard en un sens sur le traitement de l’intelligence artificielle au cinéma depuis ces quelques années, en effectuant un certain tissage avec des films du même acabit (Transcendence – 2013 ; Ex Machina – 2015 ; Annihilation – 2018… en sont les exemples les plus représentatifs de notre future étude, porté sur deux chroniques connexes. La seconde sortira d’ici quelques mois).

Les robots intelligents du cinéma : une future réalité ?

Le traitement de l’intelligence artificielle dans « Tau » : Le traitement d’une valeur sûre… Le test de Turing.

Pan dramatique du long-métrage d’Alex Garland (2015), le test de turing permettant de vérifier la capacité d’une machine a faire preuve de signes d’intelligence humaine. Avec l’androïde Ava, Garland rendait saillant la capacité d’une intelligence artificielle à véritablement s’approprier l’objectif du test de Turing pour le retourner contre son créateur humain. « Tau » rend plus difficile ce constat. Si l’IA est ici dépeinte comme un bourreau, un geôlier, ne se priant pas pour infliger de lourds sévices physiques à ses prisonniers (et à sa prisonnière), les passages où Julia réussit à apprivoiser Tau peuvent, en un sens, s’apparenter à un test de Turing. Julia apprend à une IA  le sens légitime de la vie, comment la vie humaine s’est créée, comment elle à évolué. Tau apprend plusieurs façons de considérer l’art, la lecture… Cet « éveil à la vie » est une évidente vérification que l’IA a une conscience humaine. Julia tente en effet de corrompre Tau en faisant appel à ses sentiments profondément humains. C’est pour cela qu’à un moment donné du film, Tau prend l’apparence d’un homme pour dialoguer avec Julia.

Conclusion peut-être hâtive, mais la forme la plus évolué de l’intelligence artificielle est-elle l’humain en soit ? C’est inexorablement l’une des questions qui semble se dégager de « Tau », et dont D’Alessandro, derrière le visage manichéen du film, tente de répondre.

Il est forcément évident que « Tau » finit par devenir humain. Il tombe amoureux de Julia, comme Caleb est tombé amoureux d’Ava dans Ex Machina. La trajectoire du sentiment amoureux est toutefois inverse, nous nous intéresserons plus tard dans notre réflexion à la manière dont la relation entre Tau et Julia prend racine et surtout la façon dont le test de Turing s’enclenche entre ces deux personnages.

L’androïde féminin « Sophia »

La notion d’intelligence des machines est un concept qui date depuis 1947 et qui est mentionné par Allan Turing. Dans un rapport intitué « Intelligent Machinery », Turing semble faire préfigurer la configuration future du test du Turing, en insistant sur l’intelligence des machines, sur leur capacité à engager un échange cohérent avec l’homme. Plusieurs machines lancent véritablement le débat (ELIZA ; PARRY), elles permettent d’engager avec la machine à échange écrit. ELIZA fonctionne par une réponse formée de mots-clefs pour dialoguer avec l’homme et répond de façon générique en cas de questions difficiles. Dans nos films, l’accent est mis sur l’oral, les avancées technologiques permettent une réponse tellement poussée à ce stade qu’on a le sentiment d’avoir affaire à une réflexion humaine en face de nous. La programmation poussée rend plausible ce constat. Aujourd’hui, avec des IA modernes, le degré de réponse cohérente est assez perturbant (Boibot, Evie…) et la première IA « humanoïde », assez singulière, fait froid dans le dos tant elle a la capacité de dialoguer de manière simple avec un homologue humain (CF : Allez voir l’interview de Kombini de Sofia, le premier robot féminin qui a obtenu la nationalité Saoudienne). Parce qu’ici, l’interview de Kombini peut se rapprocher en soi d’un test de Turing. Puisque la dualité des questions posées permet à l’IA de se justifier. En un sens, face à une question délicate, la réponse, comme ELIZA, malgré l’avancée de la technologie, reste générique et superficielle. – Face au choix « Steve Jobs » ou « Blowjobs » ; Sofia répond « Not interested » (Pas intéressée).


Tau et Julia : Une relation amoureuse : Symptôme inaliénable du test de Turing ?

Le propos sur l’IA laisse souvent la place à des poncifs très faciles sur la relation Tau/Julia

Bien sûr, le degré d’évolution de l’IA est poussé à son paroxysme dans ces films de SF tel que l’est « Tau », et on ne peut pas encore (probablement) envisager un tel concours de circonstances dans un futur proche. Le tout est idéalisé, assez avancé avec de gros sabots et le tout romancé pour coller le plus possible à l’intrigue souhaité par le scénariste du film en question. Ainsi, si la tentative de test de Turing entre Julia et Tau ne va pas jusqu’à son terme, c’est parce que l’enjeu est d’emmener Julia vers un cheminement narratif obligatoire, sous peine de lasser le spectateur.

Là où Garland s’est mieux débrouillé que D’Alessandro c’est dans l’utilisation qui a été fait de ce protocole inventé par Alan Turing. On apprend dans Ex Machina que le cœur même de l’intrigue résidait dans une ambition de Nathan, le créateur de l’IA, d’observer jusqu’où pouvait aller son projet pour corrompre son alter-ego humain (Caleb). Par l’exacerbation de certains génomes foncièrement humains tels que l’instinct de survie, la manipulation et la lecture de micros-expressions, Ava parvient à se libérer de sa prison de luxe. Au contraire, dans Tau, c’est Julia qui utilise tous ces génomes, et c’est alors Tau, l’intelligence artificielle qui va tenter de déceler, ou non, l’imposture.

Ainsi, le test de Turing fait forcément partie de « Tau ». Pan important du long-métrage dans la construction de l’antagoniste et dans la relation entre ce dernier et Julia, le centre de la diégèse, il conviendra au moment d’aborder le film au travers de cette relation spéciale, de revenir sur cette capacité du réalisateur à exploiter la thématique, à l’inverse de la manière de procéder d’Alex Garland dans son propre film.

Beaux plans mais photographie (trop) colorée.

« Tau » réalise ce travail avec moins de tact, où les poncifs dramatiques se font plus nombreux que le film de Garland. Le test de Turing inversé prend officiellement racine lorsque Julia comprend qu’elle doit utiliser Tau pour parvenir à s’en faire un allié et s’échapper de sa prison de luxe.

La relation de Turing prend ici racine dans une dimension simple : on recueille l’humanité de l’IA en apprenant à celui qu’est-ce que l’humanité ?

Quand l’humanité commence-t-elle ? Quand finit-elle ? Jusqu’où pouvons-nous être considérés comme humains ? Que sont les hommes des cavernes ? Qu’est-ce que la musique classique ? Dois-je protéger l’humain qui m’a créé alors qu’il me veut du mal ? Suis-je en capacité de comprendre dans une relation binaire entre une prisonnière et son geôlier, qui mérite mon aide ? Puis-je tomber amoureux d’une humaine alors que je suis une machine ?

La relation amoureuse entre Tau et Julia possède des enjeux inverses de celles entre Caleb et Ava au sein d’Ex Machina. C’est, dans le film de D’Alessandro, l’IA qui souffre d’un amour manipulateur. Dans une future chronique, nous nous interrogerons sur le point de rupture entre Julia et Tau, où l’objectif de la prisonnière s’inverse (lorsqu’elle souhaite sauver Tau de son créateur) en comparant l’IA avec sa représentation au sein du film Transcendance (2013) de Wally Pfister. En attendant, vous pouvez toujours voir « Tau » pour les abonnés à Netflix, qui propose une vision cohérente de l’IA et du Test de turing au même titre que le film d’Alex Garland. À bientôt pour la suite (et fin de cette chronique).

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