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Analyse rétrospective

Desierto (2015) et le pouvoir des images sensorielles

Notre analyse du film « Desierto » de Jonàs Cuàron, le fils du réalisateur de Gravity. On analyse au sein de cet article le pouvoir des images sensorielles qui fait la force du film.

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« Desierto » est un film dirigé par Jonàs Cuaron, le fils du célèbre réalisateur de Gravity ou encore Les fils de l’homme, Alfonso Cuaron. Avant son actuel long-métrage, il réalise le film Ano Una en 2007 puis collabore à l’écriture de Gravity en compagnie de son père. Desierto est son second long-métrage qui connaitra une plus grosse reconnaissance (Le film sera notamment projeté au festival international du film de Toronto en 2015). Desierto est un film foncièrement intéressant qui mérite reconnaissance puisque derrière le cachet relativement facile de l’intrigue, se cache une dimension sensorielle non négligeable que le film parvient à exploiter tout en se désenclavant des archétypes du genre. Le scénario devient mineur et ne se mue que dans du non-verbal pour rythmer sa narration. La réussite du film se joue essentiellement dans ces points. Sans se mouvoir dans un scénario transcendant, Desierto joue sur le pouvoir de l’image et des effets sonores comme cela a pu être fait dans « Gravity ». Il parvient aussi à toucher du doigt des thématiques importantes à souligner, pour véhiculer des critiques sur certains points qui peuvent apparaître comme sous-jacentes à l’action.

Le sensoriel permet à Desierto de densifier son impact dramatique. Comme Gravity qui s’appuyait sur le vide spatial pour utiliser ses protagonistes, Jonàs Cuaron utilise le vide du désert près de la frontière mexicaine. L’essentiel de la composition des plans du réalisateur mexicain consiste à magnifier sa scénographie en captant de gigantesques plans d’ensemble où les personnages semblent écrasés par la grandeur du décor. Par ce procédé, la difficulté de la traversée de la frontière nous est retranscrite comme réelle.

Les multiples plans vers le ciel permettent de nous faire ressentir en plus la température étouffante des lieux (les déserts de la frontière latino-américaine atteignent souvent des températures aux alentours de cinquante degrés). La simplicité du danger qui guette nos protagonistes (Jeffrey Dean Morgan) permet aussi d’effectuer un jeu avec l’image et le spectateur. Jeffrey Dean Morgan étant ici un tireur embusqué, la menace n’est visible que de très loin. Comme un gouffre infranchissable qui sépare Américains radicaux/racistes et Mexicains, il n’est qu’un danger lointain pour les immigrés qui ne peuvent pas le percevoir de près. Cuaron crée un équilibre dans cette uniformisation de ce danger via la présence de Traqueur, son chien de chasse.

L’antagoniste principal de Desierto a donc une présence lointaine et proche à la fois, permettant de rythmer continuellement la narration. On s’aperçoit de plus que Morgan n’est quasiment jamais dans le même plan qu’un personnage sauf dans sa dernière poursuite avec le personnage principal comme pour cliver encore plus les deux ethnies. On y voit le personnage survivant et son chasseur dans le même plan, symbolique des confrontations de leurs idéologies. L’un déterminé à passer la frontière (on dénote d’ailleurs un background suffisant pour le personnage principal, justifiant son désir ardent de rejoindre le pays de l’oncle Sam), l’autre a conservé sa vision des États-Unis comme terre uniquement destinée aux Américains de pure souche. Au fur et à mesure que le film dénoue son intrigue, la menace se rapproche et les rapports de force s’inversent à l’écran. Cuaron renverse à merveille cette domination par un jeu avec l’image qui force notre immersion dans ce désert de Basse-Californie (lieu du tournage).

C’est la bande originale du musicien français Woodkid qui intensifie cette sensorialité©. Il n’y a aucun thème récurrent hormis un fond sonore qui accompagne l’intrigue et le scénario se sert même de ces sons. Elle s’intensifie à  l’approche du chien et reste étonnamment calme le reste du temps, même pendant les tueries. La manière dont Morgan communique avec le chien se fait aussi par le biais d’ultrasons. À un moment donné, un objet du personnage principal devient même un « passage à niveau » dans l’engrenage de la narration permettant de gagner un coup d’avance sur l’antagoniste qui dominait plutôt jusqu’ici. Car c’est l’objet qui, par le son, parvient à densifier la dynamique funèbre que prennent les événements. En fin de film, lorsque les personnages sont de plus en plus proches, la musique s’intensifie jusqu’à une rupture finale du son, lorsque l’immigré mexicain désarmé renverse les rapports de forces précédemment établis.

Desierto, en plus de jouer avec les sens du spectateur, expose ses plans sur du non-verbal. Beaucoup de messages sous-jacents sont transmis. Si le personnage de Jeffrey Dean Morgan voue une haine sans nom aux Mexicains, ces derniers sont partagés entre violence et pitié lorsqu’ils se retrouvent à leur tour en fin de film dans le rôle du bourreau. Cuaron traite les émotions sur le faciès de ses personnages, moins que par le scénario. Par le regard, un membre des forces de l’ordre américaines fait aussi comprendre au principal antagoniste au début du film qu’il n’en a rien à faire que des immigrés passent la frontière, preuve du laxisme de certaines autorités que semble vouloir durcir le gouvernement Trump.


Gaël Garcia Bernal
parvient à avoir une palette de jeu aussi riche que lorsqu’il est dirigé par Iciar Bollain. Il est insaisissable dans ses émotions. S’il semble détendu, une grosse partie du film en laissant prédominer dans sa personnalité une volonté de survivre à tout prix. Il fait parfois preuve de faiblesse, de lâcheté, d’héroïsmes, mais surtout de ténacité.

Ainsi, Desierto est un film qui fait preuve de caractère. En trompant son spectateur par la simplicité du pitch, il parvient à se démarquer de thrillers de même acabit en jouant avec les sens et l’émotion de son spectateur.

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Analyse rétrospective

Franck Dubosc – Une fin de parcours inévitable ?

Analyse : Un itinéraire en chute libre ?

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Frank Dubosc
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Tout le monde (ou presque) connait Franck Dubosc. Né le 7 Novembre 1963, il est le maître étalon du stand-up Français entre les années 2000 et 2010 avec d’autres humoristes comme Jean-Marie Bigard ou Gad Elmaleh. Se lançant aussi dans le tournage de plusieurs grosses productions Françaises de comédies populaires, il devient un acteur important du milieu. Ses prestations sont toutefois assez souvent décriées (comme les films où il tourne de façon générale) mais tous ses premiers long-métrages cartonnent chez le public familial.

Disco (2008) : C’est 2 435 000 entrées !

C’est le succès phénoménal de Camping, de Fabien Onteniente (5,5 millions d’entrées) et son rôle désormais culte de Patrick Chirac, qui le propulse sur le devant de la scène. Il participera ensuite au fiasco critique du film Astérix aux jeux olympiques qui totalisera 6,8 millions d’entrées en France. S’enchaîneront ensuite les petits succès d’estime de Disco et d’Incognito (1,3 millions d’entrées). Franck Dubosc tutoie donc toujours les sommets et le succès qui vont avec même si ses performances d’acteurs sont toujours un fil rouge de critiques que l’on retrouve sur Allociné, Senscritique et des magazines plus professionnels.

Mais Camping, avec la sortie du second volet en 2010, se dévoile assurément comme le matelas de sûreté du comédien. Le second volet cartonne une nouvelle fois (4 millions d’entrées) malgré des critiques qui tirent à boulets rouges sur le long-métrage, une nouvelle fois mené par Fabien Onteniente.

All Inclusive : Les prémices d’une fin annoncée.

La période post Camping 2 permet à Franck Dubosc de multiplier les films avec un certain succès à la clef : Bienvenue à Bord (2011, 1.5 millions d’entrées) ; Les seigneurs (2012, 2.9 millions d’entrées) ; Boule et Bill (2013, 2 millions d’entrées) ; Fiston (2014, 2 millions d’entrées) ; Barbecue (2014, 1.6 millions d’entrées) ou encore, Bis de Dominique Farrugia (1.5 millions d’entrées). Les succès se multiplient, jusqu’à un accident critique notoire…

Camping 3 : Vers la fin d’une « immunité » ?

Camping 3 est sorti en 2016, toujours sous la houlette de Fabien Onteniente avec Franck Dubosc dans le rôle titre de Patrick Chirac. Etant donné qu’il n’y a pas de scénario comparé aux deux premiers volets, nous ne sommes pas en mesure de pouvoir vous résumer ce qui s’y passe d’intéressant. Camping 3 s’est pris une violente claque critique. Le succès à toutefois été au rendez-vous (3,2 millions d’entrées), mais le film a causé polémiques sur polémiques.

Présenté en avant-première au Marrakech du rire, plusieurs spectateurs sont choqués de l’humour vaseux de certaines scènes et quittent la salle en pleine projection. Le film se voit au final frappé d’une interdiction aux moins de 16 ans au Maroc. La presse ne tarit pas de critiques aussi sur le film. Elles reprochent son absence abyssale de scénario, les blagues douteuses faites sur les homosexuels et les handicapés ainsi que des gags et des punchlines complètement beaufs, dépassées et même plus drôles.

Chez Geeks Lands, on s’inscrit dans cette logique là. Le cinéma d‘Onteniente, selon notre propre avis, n’a jamais été un grand cinéma. Il s’agit toujours pour le réalisateur de mettre en scène le basique, avec rien de neuf, et une dimension technique proche du téléfilm. Il est certain que Camping 3 n’apporte strictement RIEN à cette « trilogie » puisque on ne raconte RIEN. Sauf qu’au cinéma, si rien n’est fait pour accrocher le spectateur, alors le spectateur s’ennuie. Onteniente tentera de récidiver sa thématique artistique (film dans un club de vacances) avec All Inclusive (2019) qui se prendra un méchant tollé, cette fois-ci commercial.

Déroute éclatante pour « Toute ressemblance » (2019) : 108 000 entrées.

A la suite de la déroute Camping 3, Franck Dubosc enchaîne les déconvenues à gros budget. Boule et Bill 2 cumule 483 000 entrées, qui fait du film un échec commercial compte tenu de son budget de 15,4 millions d’euros. All Inclusive se rate aussi avec 814 000 entrée (5,8M de recettes pour un budget lui aussi de 15,4M). Enfin, Toute ressemblance est lui aussi un collatéral loupé.

Enfin, pour une raison toute particulière, rien ne semble perdu pour l’acteur et humoriste.

Tout le monde debout (2018) : Vers un changement de casquette ?

Succès critique et commercial important pour son premier film comme réalisateur.

Tout le monde debout, c’est le premier film de Franck Dubosc avec la double casquette d’acteur réalisateur. Voici le résumé :

Égoïste et misogyne, Jocelyn, un homme d’affaires à qui tout réussit, tombe sous le charme d’une voisine de sa mère, Julie. À la suite d’un malentendu, il est amené à utiliser un fauteuil roulant et à se faire passer pour une personne handicapée afin de la séduire. Le gros souci, c’est quand celle-ci lui présente sa sœur Florence… elle-même paraplégique.

Le film se veut profondément touchant et émouvant. Petite comédie romantique sans prise de tête, la réalisation s’amuse des clichés et s’en détache aisément. Franck Dubosc fait une caricature de lui-même et ne s’épargne pas au travers de son personnage, preuve d’une auto-dérision qui est bien présente. Le film véhicule d’autant plus, un beau message. Tout le monde debout est donc encourageant pour la suite des événements et peut être que le comédie devrait effectivement penser à changer de casquette, puisque celle de réalisateur semble lui aller à ravir (même si, après un seul long-métrage à son actif, il est encore trop tôt pour juger…)

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Analyse rétrospective

Top 10 films 2019 d’un membre de la rédaction

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Un membre de la rédaction vous propose son top 10 films de 2019. N’hésitez pas à proposez votre point de vue sur ce top en commentaire ainsi que le vôtre !

Outsiders : Avengers Endgame des Frères Russo et Bienvenue à Marwen de Robert Zemeckis

En soi, Avengers Endgame marque la fin du MCU tel qu’on l’a connu. Et même si le film prend cent fois moins de risques qu’Infinity War, ce retour dans le passé fait beaucoup de bien. Un divertissement grand spectacle efficace. Pour ce qui est de Bienvenue à Marwen, c’est un peu plus difficile à expliquer. Il s’agit d’un film qui prend à contrepied le message véhiculé par les trailers. C’est un long-métrage très pessimiste, très douloureux, mais qui est d’une beauté organique tellement extraordinaire. Là aussi, Zemeckis semble livrer le condensé de toutes ses précédentes œuvres…

Notre critique d’Avengers : Endgame est ici. Vous pouvez retrouver mon avis détaillé sur Bienvenue à Marwen !

10 – Xmen : Dark Phoenix de Simon Kinberg (5 Juin)

Fracassé par les critiques, remonté à la va-vite, humilié au box-office… Ce dernier film sur les mutants campés par Michael Fassbender, Jennifer Lawrence ou encore James McAvoy a unanimement été qualifié d’échec artistique et commercial. Pourtant, la noirceur du récit et la tension omniprésente qui entoure nos héros se révèle hyper efficace. On a le sentiment que personne n’est à l’abri. La mise en scène léchée et la musique soignée nous permettent de ressentir cette dernière aventure des Xmen comme un « jugement dernier ». Seul les antagonistes un peu bidons font perdre de l’impact à ce long-métrage, où la méchante aurait dû être uniquement Jean Grey.

9 – À couteaux tirés de Rian Johnson (27 Novembre)

Forme de Cluedo grandeur nature, Rian Johnson livre un petit film à la mise en scène sobre et efficace, avec un suspens haletant qui ne cesse de surprendre son spectateur au travers de détours dramatiques et de secrets narratifs complètement fous. Le tout est porté par une pléiade d’acteurs formidables (Daniel Craig, Chris Evans, Ana de Armas, Toni Collette, Michael Shannon, Christopher Plummer pour ne citer qu’eux). 

8 – Once Upon a Time in Hollywood de Quentin Tarantino (14 Août)

Surprenant puisque Quentin Tarantino a une mise en scène et une manière de penser et concevoir ses films assez radicale. Cela ne plait pas à tout le monde (encore moins à quelqu’un comme moi). Pourtant, et cela semble être la grande mode cette année, lui aussi se permet de créer une fresque rétrospective de son cinéma, cumulant les références avec intelligence, maturité, soin et maestria. Le cynisme et l’humour densifient la réussite du scénario dont les grandes envolées lyriques des différents personnages ne servent pas juste qu’à mépriser le spectateur. Du très grand art, oui carrément. Notre critique ici !

7 – Edmond d’Alexis Michalik (9 Janvier)

Une surprenante réussite ! A partir d’un sujet casse-gueule qui ne peut pas plaire à tout le monde, Alexis Michalik livre une œuvre décapante et fidèle à la retrancription de l’époque d’Edmond Rostand. Le réalisateur parvient à rendre le tout dynamique en modernisant l’humour. Thomas Solivérès livre une performance remarquable et remonte la pente après un désastreux « Spirou et Fantasio ». Avec « Le mystère Henri Pick », Edmond prouve que la comédie Française peut réussir à être fraîche, divertissante tout en étant intelligente. 

Résumé : Décembre 1897, Paris. Edmond Rostand n’a pas encore trente ans mais déjà deux enfants et beaucoup d’angoisses. Il n’a rien écrit depuis deux ans. En désespoir de cause, il propose au grand Constant Coquelin une pièce nouvelle, une comédie héroïque, en vers, pour les fêtes. Seul souci : elle n’est pas encore écrite. Faisant fi des caprices des actrices, des exigences de ses producteurs corses, de la jalousie de sa femme, des histoires de cœur de son meilleur ami et du manque d’enthousiasme de l’ensemble de son entourage, Edmond se met à écrire cette pièce à laquelle personne ne croit. Pour l’instant, il n’a que le titre : « Cyrano de Bergerac ». 

6 – Joker de Todd Philipps (9 Octobre)

Joker de Todd Philipps, c’est probablement l’OFNI qui aura marqué de son empreinte l’année 2019. Plus un film psychologique qu’un film de super-héros, il propose une vision d’auteur époustouflante sur l’origin story du Joker. Grand favori pour la course aux oscars, Joker est aussi à couvrir de louanges pour l’énorme performance de Joaquin Phoenix. Mon avis en vidéo est à retrouver ici !

5 – Music of my life de Gurinder Chadha (11 Septembre)

Typiquement le genre de feel-good movie qu’il faut voir si vous êtes dans une mauvaise passe. « Music of my life » vous pousse à la créativité, à la joie de vivre et à l’unique ambition d’être heureux. La réalisation détonne et se dévoile au rythme des musiques rocks de Bruce Springsteen. Un super film à voir de toute urgence ! Critique ici !

Résumé : 1987, Angleterre.
Javed, adolescent d’origine pakistanaise, grandit à Luton, une petite ville qui n’échappe pas à un difficile climat social. Il se réfugie dans l’écriture pour échapper au racisme et au destin que son père, très conservateur, imagine pour lui. Mais sa vie va être bouleversée le jour où l’un de ses camarades lui fait découvrir l’univers de Bruce Springsteen. Il est frappé par les paroles des chansons qui décrivent exactement ce qu’il ressent. Javed va alors apprendre à comprendre sa famille et trouver sa propre voie…

4 – Green Book : Sur les routes du sud de Peter Farrelly (23 Janvier)

Vainqueur à l’unanimité des Oscars 2019, « Green Book » mérite amplement ce titre. Porté par deux acteurs exceptionnels, ce film est une vaillante comédie qui parvient à émouvoir et à captiver son spectateur autour de son duo de personnages, tout en distillant de précieux messages contre le racisme et pour l’amitié ! Une réussite totale !

Résumé : En 1962, alors que règne la ségrégation, Tony Lip, un videur italo-américain du Bronx, est engagé pour conduire et protéger le Dr Don Shirley, un pianiste noir de renommée mondiale, lors d’une tournée de concerts. Durant leur périple de Manhattan jusqu’au Sud profond, ils s’appuient sur le Green Book pour dénicher les établissements accueillant les personnes de couleur, où l’on ne refusera pas de servir Shirley et où il ne sera ni humilié ni maltraité. Dans un pays où le mouvement des droits civiques commence à se faire entendre, les deux hommes vont être confrontés au pire de l’âme humaine, dont ils se guérissent grâce à leur générosité et leur humour. Ensemble, ils vont devoir dépasser leurs préjugés, oublier ce qu’ils considéraient comme des différences insurmontables, pour découvrir leur humanité commune.

3 – Creed II de Steven Caple Jr (9 Janvier)

Il est peut être moins puissant émotionnellement que celui sorti en 2016 mais reste terriblement galvanisant. Creed 2 délivre un message très costaud sur les difficultés de la vie et offre une réalisation prenante où le parcours d’Adonis Creed peut résonner avec chacun d’entre nous. Le long-métrage permet aussi une sortie de route en douceur pour notre bon vieux Rocky. Diablement efficace ! 

2 – Hors Normes d’Eric Toledano et Olivier Nakache (23 Octobre)

Il est de mon humble avis que le duo de réalisateurs Français vient de frapper encore plus fort qu’Intouchables. Humain, modeste, poignant, authentique, fort, bien joué, terriblement actuel et réel… Le long-métrage est un regard important sur notre société. Une fresque héroïque de ceux qui œuvrent au quotidien pour que tout le monde puisse vivre dignement. L’une de mes plus grosse claque de la décennie de la part du cinéma Français. 

Le résumé : Bruno et Malik vivent depuis 20 ans dans un monde à part, celui des enfants et adolescents autistes. Au sein de leurs deux associations respectives, ils forment des jeunes issus des quartiers difficiles pour encadrer ces cas qualifiés « d’hyper complexes ». Une alliance hors du commun pour des personnalités hors normes.  

1 – Proxima d’Alice Winocour (27 Novembre)

Un film riche, personnel, touchant, profondément bien joué, extrêmement bien réussi et dont la modestie des moyens se marie parfaitement avec le sublime scénario. Un film qui aura marqué à vie ma vision du cinéma. Proxima est à courir voir si vous ne l’avez pas encore vu. Eva Green livre une performance renversante tout comme la jeune actrice Zélie Boulant-Lemesle.

Le résumé : Sarah est une astronaute française qui s’apprête à quitter la terre pour une mission d’un an, Proxima. Alors qu’elle suit l’entraînement rigoureux imposé aux astronautes, seule femme au milieu d’hommes, elle se prépare surtout à la séparation avec sa fille de 8 ans. 

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Analyse rétrospective

Gros doss’ – Pourquoi La vie rêvée de Walter Mitty est un film qui fait du bien…

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La vie rêvée de Walter Mitty (The Secret life of Walter Mitty en V.O) est un film réalisé par Ben Stiller et sorti le 1er Janvier 2014. Petit succès critique et commercial d’estime (188M de dollars de recettes pour un budget initial de 90M et 970 000 entrées en France), le film à depuis, très vite disparu des radars. Basé sur le livre initial de James Thurber, « La vie rêvée de Walter Mitty » raconte l’histoire de Walter Mitty, un homme ordinaire, enfermé dans son quotidien, qui n’ose s’évader qu’à travers des rêves à la fois drôles et extravagants. Mais confronté à une difficulté dans sa vie professionnelle, Il doit trouver le courage de passer à l’action dans le monde réel. Il va embarquer alors dans un périple incroyable, pour vivre une aventure bien plus riche que tout ce qu’il aurait pu imaginer jusqu’ici. Et qui devrait changer sa vie à jamais.


L’unique souhait de revenir sur ce long-métrage assez ancien désormais (qui va avoir quasiment 6 ans) est sans équivoque. A l’instar du film « Beauté Cachée » de David Frankel, que nous avons précédemment traité sur notre site, « Walter Mitty » reste, à un degré moindre du film porté par Will Smith, profondément mal-aimé et profondément oublié, alors que tout le halo positif qui règne à l’intérieur de ce long-métrage mériterait à juste titre de plus grandes louanges.

Durendal, youtuber cinéma, dans son avis sorti en 2014 sur le film « Walter Mitty » a profité de son large audimat pour qualifier le film de « merde » qui nous vend du rêve avec du « basique ».

Orson Welles, au contraire, disait ceci :

« Ce qui est merveilleux au cinéma, ce qui le rend tellement supérieur au théâtre, c’est qu’il possède beaucoup d’éléments qui peuvent nous vaincre mais aussi nous enrichir, nous offrir une vie qui ne vient de nulle part ».

En soi, cet avis sur Walter Mitty pourrait se résumer à cette unique tirade de Welles. Parce qu’en soi, la trajectoire de vie emprunté par le personnage de Walter Mitty pourrait sortir de nulle part. Dans la vie de tous les jours, qui pourrait tout laisser tomber et partir à la poursuite de quelqu’un autour du monde pour un souci professionnel ? Le film cherche à montrer un état de fait tout simple. Si l’on est enfermé dans une routine qui nous assaille par sa pénibilité, il suffit de se donner les moyens de plonger dans l’inconnu et de saisir toutes les opportunités qui se présentent à soi. Le cheminement du personnage est en quelque sorte une toile de fond symbolique dans la vie de chacun. Timide et rêveur, c’est un personnage qui, au fur et à mesure de l’avancement du récit, commence à prendre des décisions insensées, juste poussé par son désir de contredire une sentence profonde de son esprit qui est « Je suis bien dans mon confort, je ne veux rien changer ». A de multiples reprises, Walter se retrouve dans une situation où deux choix s’offrent à lui : Prendre une décision importante ou renoncer et rester dans son état de confort du moment (Lorsqu’il hésite à partir sur les traces du photographe, à prendre l’hélicoptère avec le pilote bourré, à sauter au milieu de la mer…) Tout est fait en concordance avec notre vie de tous les jours.

Le cinéma que propose Ben Stiller au travers de cela est clairement un cinéma construit pour essayer de nous enrichir. Bien enraciné dans les carcans du feel-good movie, Ben Stiller essaie de nous montrer que nous sommes la seule barrière à la réalisation de nos rêves, et qu’en saisissant toutes les opportunités destinées à nous enrichir, on peut sortir d’une vie routinière et casanière.
Alors oui, concrètement, le choix de privilégier un long-métrage avec comme message symbolique : « vivez vos rêves, c’est trop cool » c’est forcément simple, et beaucoup de films savent le faire (The Greatest Showman pousse à la création artistique et les feel-good movies en règle générale s’accordent sur ce choix) mais « La vie rêvée de Walter Mitty » le fait avec plus de légèreté, voire de naïveté qui te pousse à voir les choses différemment. Le ridicule potentiel de certaines scènes (la scène où Walter s’imagine avec sa collègue de boulot vieux, assis sur un banc) s’accorde simplement avec une réalité que chacun à déjà pensé dans sa vie.

Simplement, Walter Mitty fait appel à l’enfant et la naïveté enfoui en chacun de nous, et les longues stases contemplatives du personnage qui déambule en vélo et en skate-board dans les décors magnifiés d’Islande sont juste présentes, non pas pour effectuer du remplissage, mais pour se faire écho en chacun de nous sur la possibilité de réaliser ses rêves et surtout montrer de l’instantané changement de cadre dans notre vie si l’on défausse la barrière invisible du « Je ne peux pas le faire pour x raisons ». Notre vie est, certes, régie par des obligations professionnelles, sociales, familiales, mais ce n’est que nous-même qui nous assujettissons à ces doléances. En un coup de vent (et une ellipse d’un jour à peine environ dans le film), Walter Mitty se retrouve loin de son petit chez lui, dans un avion en direction du Groenland. C’est ce message que Ben Stiller tente de faire passer.
C’est pourquoi, avec cette volonté forte de nous faire ressentir ce message poignant et légèrement naïf sur notre vie de tous les jours, Ben Stiller ne nous vend pas du « basique » mais bien une vie « sortie de nulle part » qui peut s’accorder avec la nôtre.
En dehors de cela, c’est un film profondément réussi dans sa direction artistique. La palette de musique empruntée par Theodore Shapiro (Du Of Monsters and Men, du David Bowie, du Jose Gonzalez) participe à cette atmosphère qui cherche à te faire évacuer de ton quotidien le temps d’une heure et demi, pour te montrer que tout est possible si tu t’en donnes les moyens.

Hormis le fait de vivre ses rêves, le long-métrage aborde toujours d’autres pistes, et montre que faire tomber ses propres barrières mentales permet aussi d’effectuer bon nombre de choses différentes (comme rester insoumis face à l’autorité abusive et déraisonnable ; aborder quelqu’un pour qui on ressent de l’amour sans paraître ridicule ou que cela paraisse malvenu…).

Loin de vendre du rêve avec du basique, « La vie rêvée de Walter Mitty » cherche avant tout à vendre une autre réalité qui, si l’on arrive déjà à outrepasser le versant gentillet et naïf de la ligne conductrice du récit, peut permettre de nous enrichir sur une vision de la vie qui est à notre portée.
Emouvant, touchant et rempli de vie, « La vie rêvée de Walter Mitty » est clairement un film à ne pas manquer si vous ne l’avez pas encore vu…

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