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Analyse rétrospective

Histoire du Cinéma Français – Rétrospective

Analyse rétrospective sur l’histoire du cinéma Français des Lumières à la Nouvelle-Vague Française.

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Aujourd’hui, lorsque nous parlons de Cinéma Français, de nombreux exemples de films nous viennent en tête. Des essais de films Fantastiques Français comme dernièrement Seuls (2017) de David Moreau, les comédies Françaises populaires ou les drames / thriller plus sombres, le cinéma Français connaît un essor, une hausse croissante des moyens financiers permettant à l’hexagone de bénéficier d’un plus grand panel de possibilités artistiques. Mais aujourd’hui j’aimerais revenir avec vous sur les origines et l’histoire du cinéma Français. Car avant un business lucratif, le cinéma Français est passé par de multiples stases historiques qui l’ont fait perpétuellement évoluer. Attardons-nous sur la période qui se situe des tout-débuts du Cinéma Français jusqu’à la fin de la nouvelle vague portée par de nouveaux cinéastes de l’époque (Godard, Truffault, Chabrol…), faisons l’illustration complète de l’évolution de notre cinéma durant une grande partie du Xxème siècle.

Le cinéma, ce n’est plus un secret, naît officiellement en 1895 sous la coupe des Frères Lumières. Inventeurs du cinématographe en fin d’année 1894 (descendant officiel du kaleidoscope de Thomas Edison), le Lumières sont les véritables géniteurs du cinéma tel qu’on le connaît aujourd’hui. C’est dès le 28 Décembre 1895 que commencent les premières projections cinématographiques publiques. Les films projetés sont diverses et variés mais sont essentiellement composés à 98 % d’un cinéma très descriptif et documentaire. Des films comme « Sortie d’une usine », « Repas de bébé » ou encore « Baignade en mer » sont des documentaires empreints d’une technicité assez classique, à savoir l’utilisation de travellings panoramiques et de plans fixes contemplatifs. Cette nouvelle technologie qu’est le cinéma provoque l’effervescence des foules. Tous considèrent l’art des Lumières comme une attraction spectaculaire notamment avec le film « L’arrivée du train à La Ciotat », long-métrage qui filme un train sous un angle optique qui nous laisse suggérer que ce dernier traverse l’écran. Les spectateurs sont les premiers surpris de ces effets de représentation du réel grâce au 7ème art.

Si les Lumières ont engrangé et permis l’essor du cinéma, Georges Méliès (1861) est celui qui a su expertiser encore plus le métier. À ses débuts, Méliès était un magicien et un illusionniste. C’est un talent que le réalisateur tentera de faire coïncider avec les leitmotivs de ses propres longs-métrages. Particulièrement attentif aux progrès techniques de l’image animé, Méliès assiste le 28 Décembre 1895 aux premières projections du cinématographe des Lumières. Négociant activement avec ces derniers pour tenter de le racheter mais sans succès, Méliès finit par inventer sa propre caméra, le kinématographe, en 1896. Il tourne dans la foulée son premier film, « Une partie de cartes » (1896).

Ce film lance littéralement le début de l’industrie Méliès. Ce dernier rachète un studio à Montreuil où il y établit son atelier de prises de vues. Friand des mécanismes magiques d’apparition/disparition, Méliès fait installer dans son studio des trappes et diverses cachettes permettant d’effectuer des apparitions magiques. Il souhaite que ses films prennent une dimension de tours de magies fantastiques à grand spectacle. Ainsi, des films comme « Escamotage d’une dame » (1896) est fondé sur la surimpression et le laisser-penser à de multiples hypothèses interprétatives ou encore « Le locataire diabolique » (1909) fait coïncider fantastique et farce théâtrale grâce à la grande mobilité des décors et des personnages (On le rappelle que les décors de Georges Méliès sont souvent des toiles ou du carton, ce qui permet d’obtenir des arrières-plans mobiles).

Mais c’est évidemment le plus célèbre des films du réalisateur, « Le voyage dans la lune » (1902) qui sera le premier grand triomphe du cinéma populaire et le géniteur primaire de la science-fiction. Produit par la Starfilm (société de production de Georges Méliès créée en 1896), le court-métrage est inspiré de plusieurs histoires comme « De la Terre à la lune » de Jules Verne ou encore « Autour de la Lune » de H.G Wells (notamment en ce qui concerne les personnages des Sélénites). Pour la figuration de son court, Méliès emploie Bleuette Vernon (une chanteuse de music-hall), des danseurs à corps du châtelet et, pour les Sélénites (monstres lunaires), des acrobates des folies bergères. Il prend le soin de n’appeler que des professionnels du monde du spectacle, comme lui dans un sens. Plus de 18 décors et 29 tableaux sont nécessaires pour l’enchaînement des actions, qui passent des toitures d’une ville où sera lancée la fusée pour la lune à notre satellite lui-même où se trouve les Sélénites en passant par le tribunal où se joue la scène initiale du voyage dans la Lune, porté par un Méliès aussi acteur, grimé en professeur Barbenfouillis. Dans ses techniques de réalisation, le cinéaste utilise principalement le plan d’ensemble mais aussi des cadrage plus ciblés comme par exemple celui de l’obus. Malgré ces réussites et ces succès, la Starfilm arrête ses productions en 1912.

Dès lors s’éveille l’éclosion d’un homme, Charles Pathé (1863-1957). Il s’agit du premier homme qui fait du cinéma une industrie (dont l’industrie existe, d’ailleurs, toujours aujourd’hui). Ils construisent (avec l’ingénieur Henri Joly) un appareil permettant d’enregistrer et projeter des films qu’ils nomment « Eknétographe ». La « société » n’est encore qu’embryonnaire avec un capital de départ de 40 000 francs avec des ateliers de production à Vincennes. Soutenu par Grivolas, un financier, et une banque, la société Pathé-Frères naît officiellement le 28 Décembre 1897 avec un capital d’environ un million de francs. Pathé construit des usines de pellicules (1901 à 1904) et permet, sur la même période, l’arrivée de premières succursales à l’étranger (notamment Berlin, Vienne, Milan, Londres, New-York…) Il s’agit dès lors, des prémices de l’exportation commerciale du cinéma tel qu’on la connaît actuellement. Exportations que réalise toujours aujourd’hui la société Pathé, notamment avec la diffusion de Raid Dingue (2017) de Dany Boon en Chine. En 1900, Charles Pathé engage Ferdinand Zecca comme directeur artistique qui permettra la création de 70 films en 1901, 350 en 1902 et 500 en 1903. L’année 1905 est une année charnière puisque Zecca engage Max Linder, qui révolutionne le comique muet du cinéma d’autrefois. Dans « Le chapeau de Max », court-métrage de sa création sorti en 1913, Max Linder se met en scène dans un burlesque à la Charlie Chaplin. Le film est muet et est composé de plans fixes avec des apartés narratifs comme peut le faire Louis Feuillade quelques années après. S’engage alors, dans le rythme du film, un effet cyclique avec des enchaînements de gags qui se répètent perpétuellement. Le personnage de Max est un mondain catastrophique, souvent ivre mais toujours digne.

Lors de la période des années 1908 jusqu’au années 20, le cinéma muet est un théâtre du silence. Les personnages peuvent s’exprimer par le biais de gestes, il propose la polysémie des images. Chez Feuillade, la parole est remplacée par des sous-titres qui ont une fonction narrative (comme dans « Les vampires » et « Juve contre Fantomas »). D’ailleurs, les leitmotivs de Feuillade se répercutent dans ce dernier film cité. « Juve contre Fantomas » est composé principalement de sous-titres ou un cadre correspond à une action avec des plans discursifs assez longs. C’est un film policier avec la même scénographie que « Les vampires ». Les personnages principaux sont souvent au centre du cadre. Les coins de l’image sont obscurcis pour concentrer l’image dans la focale. Cette période est aussi une période où l’on s’ancre beaucoup plus dans le réel avec de légères colorations fantastiques. C’est notamment le cas avec l’émergence du film policier Fantastique porté des cinéastes comme Léonce Perret ou Victorin Jasset. Louis Feuillade dans « L’art du vrai » (1911) annonce notamment que « Ces scènes veulent être et sont des tranches de vie ».

Mais avec la première guerre mondiale, le cinéma subit la guerre de plein fouet (notamment à cause de la fermeture de succursales par Pathé ou l’engagement dans l’armée de Max Linder). On assiste en même temps à la naissance de films patriotiques tout en même temps que l’émergence de cinéastes tels que Louis Delluc, Abel Gance avec « Mater dolorosa » (1917) ou Marcel L’herbier (1918) avec « Vendémiaire ».

Dans les années 20, le cinéma Français vit une renaissance globale. On assiste au démantèlement global de l’usine Pathé-Frères. Quand à Gaumont, la société réussit à s’en tirer grâce à la série « Pax » (1918) et les films de Marcel l’Herbier. Devant le mastodonte Américain qui émerge, le cinéma Français devient plus commercial. Des cinéastes comme Delluc, Dulac et Epstein sont les portes-paroles d’un cinéma authentique dégagé du théâtre et des mauvais scénarios historicos-littéraires. Tout en restant dans cette optique d’authenticité, Jean Renoir émerge à son tour en fin de période du cinéma muet et, avec « La fille de l’eau » (1924), s’échappe du carcan de production commercial standard. Il est tout aussi notable de souligner qu’en 1923-1924 émerge aussi un surréalisme et un esprit dada avec notamment « Un chien andalou » de Luis Bunuel (1928) que tente de reproduire Man Ray ou Ferdinand Léger.

C’est le 6 octobre 1927 avec « The Jazz Singer » d’Alan Crossland que l’on a le premier film parlant. Léon Gaumont travaille ainsi sur un procédé de sonorisation qui permet à Gaston Ravel de proposer le 22 Octobre 1929, le tout premier film parlant Français : « Le collier de la reine ». Selon Henri Clerc, cette évolution du cinéma est due au fait que « trop de films ne sont qu’un théâtre photographié ». C’est à ce moment que des cinéastes choisissent de dépasser ce théâtre filmé. Sacha Guitry avec « Ceux de chez nous » (1915) intègre du parlant à son film tout en montrant un mépris écrasant pour cette évolution technique qui n’a pas encore eu lieu. Le cinéma Français des années 30 tombe ensuite dans un réalisme trop austère ou la plupart des scénarios et des mises en scène sont considérées comme étant insuffisantes. Entre 1933 et 1934 émerge toutefois « L’atalante » de Jean Vigo. Ce dernier tourne le dos à la veine littéraire qui triomphera dans le meilleur du cinéma de l’avant-guerre.

Mais cette période est aussi l’émergence de Jean Renoir qui connaît l’apogée de sa carrière avec « La grande illusion » et « La règle du jeu » (1939). « La grande illusion » regroupe des artifices techniques intéressants car Renoir joue différemment avec les travellings, les plans rapprochés et les plans fixes qui réussissent à capter différents personnages dans un même plan. La différence des dialogues et du jargon est aussi une spécialité de Renoir qui axe ses parti-pris de réalisation autour de trois axiomes :

  • La longueur relative des plans pour rendre compte de la complexité du réel. Les plans allient action et dialogues.
  • La profondeur de champ
  • Le polylinguisme (comme soulevé précédemment).

« La grande illusion » joue aussi très souvent sur le hors-champ ou sur les plans iconiques. La confrontation entre Boldieu et Ruffenstein en extérieur avant que ce dernier ne lui tire dessus en est l’exemple le plus représentatif grâce à un jeu de plongée/contre-plongée couplé à un champ contre champ qui dynamise ces échanges et ces dialogues entre les deux protagonistes du film de Renoir. « La règle du jeu » quand à lui, préfigure le basculement du monde vers le chaos de la seconde guerre mondiale puisque les fourberies de la classe bourgeoise conduisent à la mort tragique d’André Jurieux, le personnage central du film.

Sous l’occupation Allemande de la seconde guerre mondiale, le cinéma Français se veut en danger mais continue de fonctionner néanmoins. Après un gel du cinéma, le 26 Octobre 1940 naît le Comité d’organisation des industries du cinéma (COIC) qui encadre désormais les films (et qui deviendra le CNC en 1946). Les films servent en effet à Vichy à diffuser les valeurs de la Révolution Nationale. On assiste dès lors à une fuite des talents Français (Renoir, Clair, Duvivier…) ainsi qu’à une projection de films acceptés par la censure de Vichy. Ce sont des cinéastes comme Guitry, Pagnol et Gance qui garantissent la continuité d’un cinéma Français même sous le joug Allemand. Mais certains films basculent néanmoins dans la polémique avec notamment « Éternel retour » (1943) de Jean Delannoy qui est accusé d’idéaliser les jeunesses Hitlériennes. En revanche, Jacques Becker, proche de l’équipe de Renoir reste sous Vichy et débute sa carrière cinématographique en 1942 avec des films comme « Derniers Atouts », « Goupi mains rouges » ou « Falbalas ». En fin de guerre, Clouzot avec « Les corbeaux » (1945) signe une œuvre polémique qui dénonce le dédain et le mépris des médecins par le biais d’un écrivain de lettres anonymes. Corruption et enquête sont au cœur de ce film qui dénonce les dérives d’une classe plus aisée que les autres.


On a ensuite un objectif de reconstruire le cinéma après la guerre. Désormais, le CNC encadre le cinéma sur le plan législatif et réglementaire sous l’autorité d’un ministre. Le 28 Mai 1946, l’arrangement Blum-Byrnes permet d’acter des alliances entre pays pour la pérennité du cinéma. Les cinéastes les plus importants de cette période restent des cinéastes confirmés comme Pagnol, Renoir avec son « french Cancan » (1954), Clair avec « Le silence est d’or » (1946) et Duvivier avec « Pot-Bouille » (1957). Cette période permet aussi l’émergence de nouveaux cinéastes comme Jean Cocteau ou Jacques Tati avec « Jour de fête » (1949) qui impose un comique Keatonien avec des jeux de géométries.

Pouaaaaah, cette chronique est trop longue !

Attardons-nous sur « Jour de fête ». Petite révolution dans le cinéma comique, le film de Tati regorge d’ingéniosités techniques. Variant entre les plans fixes et les travellings, le film de Tati se construit sur une scénographie structurée. Dans un même cadre, on peut réussir à capter deux personnages qui sont distancés. On a aussi la présence d’un jargon villageois propre au style de Renoir mais reconduit aussi, une superposition des dialogues qui font vite s’enchaîner les quiproquos en même temps que le flux de l’image grâce à de rapides cuts de plans pour dynamiser les avancées du facteur. « Jour de fête » joue aussi grandement sur plusieurs types de comiques : Le comique de situations (drapeau ou lors du plan fixe du facteur avec le tuyau d’arrosage), de gestes (maison du mort) ou de parole avec l’omniprésence du jargon campagnard. Il y a aussi un jeu d’apparitions/disparitions dans le cadre. Le héros de « Jour de fête » est inspiré par la méthode productiviste Américaine. On a une représentation du système de Taylorisation, la modernité dans la société Française. Le facteur s’apparente au Don Quichotte (Il joue sur la raideur et la souplesse du personnage). On obtient une critique du facteur fonctionnaire, souvent simple d’esprit.

Vient ensuite à partir de 1958, la nouvelle vague. On constatait que le cinéma vieillissait. Les Renoir, Guitry, L’Herbier n’étaient plus tout jeune, il fallait la nécessité d’une relève. Les cinéastes de la nouvelle vague ont libéré le cinéma de plusieurs contraintes :

– Ils l’ont libéré des difficultés financières, tournant parfois avec peu de revenus.

– Ils se sont libéré des multiples censures.

– Ils se sont libéré des studios pour tourner essentiellement en extérieur.

Par exemple, Alain Resnais avec « Hiroshima mon amour » est la mémoire incandescente de la guerre. On retrouve l’horreur du feu nucléaire et la douleur intime et longtemps inavouable d’une jeune Française coupable d’avoir aimé un soldat Allemand. Jean-luc Godard lui aussi désagrège toutes les conventions normalisées du cinéma. Il table déjà l’histoire d’ « A bout de souffle » dans un arc temporel linéaire sur trois jours. Le film est un véritable succès populaire mais se distingue par du renouveau technique. Le tournage déjà, a seulement eu lieu en 21 jours. Le film a été réalisé comme un reportage. On a pas de travellings sur rails, exit le professionnalisme d’antan on tombe dans du traditionnel caméra à l’épaule pour accentuer l’impression de réalité. D’ailleurs, Godard privilégie les décors naturels au profit des studios. On a aussi une absence de bande-son, Godard maximisant la présence de bruits du réel pour rendre le tout plus authentique. Quand aux cuts sur un même plan, ils remplissent diverses fonctions :

1. Produire un raccourci dans les films

2. Accélérer le rythme du film

3. Prendre en charge une certaine pudibonderie (notamment pendant les scènes de sexe qui sont censurées).

Godard a aussi recours a de longs plans-séquences (notamment celle de la scène entre Michel et Patricia dans la chambre d’hôtel) pour illustrer la longueur de la séquence, la faute a un dialogue de sourd entre les personnages. L’argot du film est, quand a lui, non retravaillé, mais Godard exploite la gouaille de Belmondo. Il utilise le franc-parler de l’époque et des mauvais jeux de mots (« Maintenant je fonce Alphonse »).

Dans un registre similaire, Truffaut porte attention à un réalisme attentif et est sensible aux émotions de l’adolescence et aux petits drames du désamour comme dans « Tirez sur le pianiste » en 1960. Avec des films comme « L’Enfant Sauvage », Truffaut bascule dans un cinéma plus didactique. Enfin, Claude Chabrol avec « Les Cousins » (1959) rit et dénonce les méandres d’une société mondaine en la tournant en ridicule.

Ainsi, nous voyons que le cinéma Français est passé par de multiples stases évolutives. Le cinéma tel qu’on le connaît aujourd’hui, on le doit à ces figures. Guitry, Méliès, Renoir… Tous ont fait évolué le 7ème art vers des cinéastes actuels tel que Luc Besson ou Eric Lartigau, qui perpétuent aujourd’hui l’art cinématographique Français.

Ecrivain de littérature jeunesse, auteur d'une saga littéraire de science-fiction retrouvable ici Futur professeur des écoles, je suis passionné par tout ce qui touche de près comme de loin au cinéma. Je chronique souvent des films d'actualités, mais aussi beaucoup plus anciens. Un film préféré ? Collateral Beauty de David Frankel. Comédien(ne)s favori(e)s ? Ricardo Darin et Helena Bonham Carter.

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Analyse rétrospective

Gros doss’ – Pourquoi La vie rêvée de Walter Mitty est un film qui fait du bien…

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La vie rêvée de Walter Mitty (The Secret life of Walter Mitty en V.O) est un film réalisé par Ben Stiller et sorti le 1er Janvier 2014. Petit succès critique et commercial d’estime (188M de dollars de recettes pour un budget initial de 90M et 970 000 entrées en France), le film à depuis, très vite disparu des radars. Basé sur le livre initial de James Thurber, « La vie rêvée de Walter Mitty » raconte l’histoire de Walter Mitty, un homme ordinaire, enfermé dans son quotidien, qui n’ose s’évader qu’à travers des rêves à la fois drôles et extravagants. Mais confronté à une difficulté dans sa vie professionnelle, Il doit trouver le courage de passer à l’action dans le monde réel. Il va embarquer alors dans un périple incroyable, pour vivre une aventure bien plus riche que tout ce qu’il aurait pu imaginer jusqu’ici. Et qui devrait changer sa vie à jamais.


L’unique souhait de revenir sur ce long-métrage assez ancien désormais (qui va avoir quasiment 6 ans) est sans équivoque. A l’instar du film « Beauté Cachée » de David Frankel, que nous avons précédemment traité sur notre site, « Walter Mitty » reste, à un degré moindre du film porté par Will Smith, profondément mal-aimé et profondément oublié, alors que tout le halo positif qui règne à l’intérieur de ce long-métrage mériterait à juste titre de plus grandes louanges.

Durendal, youtuber cinéma, dans son avis sorti en 2014 sur le film « Walter Mitty » a profité de son large audimat pour qualifier le film de « merde » qui nous vend du rêve avec du « basique ».

Orson Welles, au contraire, disait ceci :

« Ce qui est merveilleux au cinéma, ce qui le rend tellement supérieur au théâtre, c’est qu’il possède beaucoup d’éléments qui peuvent nous vaincre mais aussi nous enrichir, nous offrir une vie qui ne vient de nulle part ».


En soi, cet avis sur Walter Mitty pourrait se résumer à cette unique tirade de Welles. Parce qu’en soi, la trajectoire de vie emprunté par le personnage de Walter Mitty pourrait sortir de nulle part. Dans la vie de tous les jours, qui pourrait tout laisser tomber et partir à la poursuite de quelqu’un autour du monde pour un souci professionnel ? Le film cherche à montrer un état de fait tout simple. Si l’on est enfermé dans une routine qui nous assaille par sa pénibilité, il suffit de se donner les moyens de plonger dans l’inconnu et de saisir toutes les opportunités qui se présentent à soi. Le cheminement du personnage est en quelque sorte une toile de fond symbolique dans la vie de chacun. Timide et rêveur, c’est un personnage qui, au fur et à mesure de l’avancement du récit, commence à prendre des décisions insensées, juste poussé par son désir de contredire une sentence profonde de son esprit qui est « Je suis bien dans mon confort, je ne veux rien changer ». A de multiples reprises, Walter se retrouve dans une situation où deux choix s’offrent à lui : Prendre une décision importante ou renoncer et rester dans son état de confort du moment (Lorsqu’il hésite à partir sur les traces du photographe, à prendre l’hélicoptère avec le pilote bourré, à sauter au milieu de la mer…) Tout est fait en concordance avec notre vie de tous les jours.

Le cinéma que propose Ben Stiller au travers de cela est clairement un cinéma construit pour essayer de nous enrichir. Bien enraciné dans les carcans du feel-good movie, Ben Stiller essaie de nous montrer que nous sommes la seule barrière à la réalisation de nos rêves, et qu’en saisissant toutes les opportunités destinées à nous enrichir, on peut sortir d’une vie routinière et casanière.
Alors oui, concrètement, le choix de privilégier un long-métrage avec comme message symbolique : « vivez vos rêves, c’est trop cool » c’est forcément simple, et beaucoup de films savent le faire (The Greatest Showman pousse à la création artistique et les feel-good movies en règle générale s’accordent sur ce choix) mais « La vie rêvée de Walter Mitty » le fait avec plus de légèreté, voire de naïveté qui te pousse à voir les choses différemment. Le ridicule potentiel de certaines scènes (la scène où Walter s’imagine avec sa collègue de boulot vieux, assis sur un banc) s’accorde simplement avec une réalité que chacun à déjà pensé dans sa vie.

Simplement, Walter Mitty fait appel à l’enfant et la naïveté enfoui en chacun de nous, et les longues stases contemplatives du personnage qui déambule en vélo et en skate-board dans les décors magnifiés d’Islande sont juste présentes, non pas pour effectuer du remplissage, mais pour se faire écho en chacun de nous sur la possibilité de réaliser ses rêves et surtout montrer de l’instantané changement de cadre dans notre vie si l’on défausse la barrière invisible du « Je ne peux pas le faire pour x raisons ». Notre vie est, certes, régie par des obligations professionnelles, sociales, familiales, mais ce n’est que nous-même qui nous assujettissons à ces doléances. En un coup de vent (et une ellipse d’un jour à peine environ dans le film), Walter Mitty se retrouve loin de son petit chez lui, dans un avion en direction du Groenland. C’est ce message que Ben Stiller tente de faire passer.
C’est pourquoi, avec cette volonté forte de nous faire ressentir ce message poignant et légèrement naïf sur notre vie de tous les jours, Ben Stiller ne nous vend pas du « basique » mais bien une vie « sortie de nulle part » qui peut s’accorder avec la nôtre.
En dehors de cela, c’est un film profondément réussi dans sa direction artistique. La palette de musique empruntée par Theodore Shapiro (Du Of Monsters and Men, du David Bowie, du Jose Gonzalez) participe à cette atmosphère qui cherche à te faire évacuer de ton quotidien le temps d’une heure et demi, pour te montrer que tout est possible si tu t’en donnes les moyens.

Hormis le fait de vivre ses rêves, le long-métrage aborde toujours d’autres pistes, et montre que faire tomber ses propres barrières mentales permet aussi d’effectuer bon nombre de choses différentes (comme rester insoumis face à l’autorité abusive et déraisonnable ; aborder quelqu’un pour qui on ressent de l’amour sans paraître ridicule ou que cela paraisse malvenu…).

Loin de vendre du rêve avec du basique, « La vie rêvée de Walter Mitty » cherche avant tout à vendre une autre réalité qui, si l’on arrive déjà à outrepasser le versant gentillet et naïf de la ligne conductrice du récit, peut permettre de nous enrichir sur une vision de la vie qui est à notre portée.
Emouvant, touchant et rempli de vie, « La vie rêvée de Walter Mitty » est clairement un film à ne pas manquer si vous ne l’avez pas encore vu…

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Analyse rétrospective

L’imaginaire au cinéma

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Autrefois cloisonnés à l’univers Geeks, les styles SFFF (Science-fiction, Fantastique, Fantasy)* ont, aujourd’hui la part belle dans le milieu culturel mondial (livres, BD, salons, expositions, rétrospectives…).

Retour sur l’histoire d’une réussite non annoncée.

L’imaginaire a longtemps fasciné l’Homme. Les contes de Grimm (régulièrement repris par Disney), Jules Verne, Poe, Maupassant. Pour certains, la bible serait le premier livre fantastique de toute l’histoire (je vous laisse seul juge de cet élément).

Georges Méliès : le Voyage dans la lune, 1902

À la fin du 19e siècle, les frères lumière inventent le cinématographe, ouvrant ainsi de nouvelles voies de diffusion médiatique. Rapidement, le (peu) de réalisateurs de l’époque se sont tournés vers l’imaginaire : Voyage dans la lune, Dracula (vampire), le monstre de Frankenstein (monstres anthropomorphiques), La nuit des morts-vivants (zombies) ou encore le Manoir du Diable (fantômes). La fantasy a mis plus de temps à venir avec notamment grâce à Georges Méliès qui s’essaye de manière plus ou moins réussie à l’adaptation de Cendrillon. En 1939, la réalisation du magicien d’Oz sera considérée comme le tout premier film fantasy. Il faudra ensuite attendre 1982 et Conan le Barbare pour un retour en fanfare de l’heroic fantasy et aux références BD.

Depuis quelques années, la culture geek, jusque-là bastion imprenable d’une minorité, a été rendue accessible au plus grand nombre grâce, notamment, au cinéma (Marvel, DC, le Seigneur des anneaux, Harry Potter…) et aux séries (Game Of Thrones, the Big Bang théorie…).

Pourquoi ceux qui ont été les parias des cours de récré et plus fervents défenseurs de l’imaginaire sont aujourd’hui spoliés de ce qui les caractérisait ? Question intéressante à laquelle je ne répondrai qu’en présence de mon avocat. Malgré tout, je peux au moins vous donner un élément de réponse : 42 car avoir la « geek attitude », ce n’est pas uniquement se rendre au cinéma ou regarder une série liée à l’imaginaire, ça fait partie soi.


Longue vie et prospérité.

* Pour les non-initiés, une très rapide et synthétique définition des trois termes utilisés :

Science-fiction : imaginaire dans le futur

Fantastique : imaginaire dans le présent

Fantasy : imaginaire dans le présent

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Analyse rétrospective

Star Trek à Star Wars : miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est le plus beau ?

Pour un geek digne de ce nom, difficile de passer à côté de la sortie du 9e épisode de Star Wars. En parallèle, vous n’aurez pas non plus échappé à la série Star Trek « Discovery. »

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Alors, la question qui fait débat depuis bien longtemps dans le cœur des fans, quelle est la meilleure série/saga SF : Star wars (SW) ou Star trek (ST) ?

Même si, initialement, les deux ne jouaient pas dans la même catégorie, depuis quelques années, l’univers SW est également proposé sous forme de séries. Donc, pour répondre de manière impartiale (ou pas), plusieurs critères sont à prendre en considération, tels que : l’ancienneté, l’histoire, le scénario, la longévité, le nombre d’épisodes, la taille du fan-club… (la liste non exhaustive).

Critère de l’ancienneté (hors livres) :

Lorsque ST est diffusé en 1966, nous sommes aux prémices de l’exploration spatiale. Yuri Gagarin s’est envolé 5 ans auparavant au-delà de la stratosphère et la Nasa prépare son voyage vers la lune (juillet 1969) pour éviter de se faire coiffer au poteau par les Russes. Si on y regarde de plus près, Star trek est la continuité de cette aventure humaine passionnante et donc, plus proche de nous que Star wars dont le premier épisode (IV) ne sortira que 10 ans plus tard (1977). A cette époque, l’aventure spatiale n’est plus qu’un lointain souvenir (les missions apolo se sont terminées en 1972).

L’histoire :

SW est du genre « space opera » (comprendre fantasy et science-fiction). Concernant le scénario à proprement parler, Star wars est très manichéen, l’Empire contre les Rebelles. C’est également très américain : les bons contre les méchants, si je puis résumer ainsi (la guerre froide y étant pour beaucoup). Malheureusement, n’en déplaise à certains, je trouve beaucoup de redondances scénaristiques à partir de l’épisode VII (l’Empire et la lune noire, la rébellion, l’Empire et la seconde lune, la rébellion, L’Empire et la base Starkiller, la rébellion…).

ST est de la science-fiction « utopique » et nous emmène dans une exploration de terres lointaines (un remake de la colonisation, mais à la sauce hippie). La série est plus mesurée pour deux raisons. La première est qu’il s’agit, à l’origine, d’une série télévisée contrairement à SW. Le budget est donc bien moindre et le scénario doit s’adapter à toutes les générations de téléspectateur. La seconde raison est que, l’auteur, Gene Roddenberry, souhaitait réaliser une série « utopique, » donc, par essence, moins sombre que son homologue.

Malheureusement, contrairement à la trilogie SW, les différentes séries jusqu’à 2005 ont mal vieilli (il suffit de jeter un coup d’œil aux effets spéciaux et au jeu d’acteur). Seule l’originale sort du lot grâce aux emblématiques Capitaine Kirk, Spock, Sulu, Maccoy…


La longévité : SW Disney vs New Star trek

Cependant, ST n’a pas dit son dernier mot. Après la sortie du dernier film « sans limites » en 2017 (de Justin Lin), voilà : « Discovery » qui nous présente une nouvelle facette de l’exploration. Cette série, qui en est actuellement à sa seconde saison, sort du contexte « utopique » d’une humanité empathique sauvant toutes les races de l’univers que toutes ses aînées avaient suivies jusque-là (n’en déplaise à Gene Roddenberry). Ici, les personnages sont plus sombres, plus violents, plus tourmentés et plus enclins aux travers de l’Homme. Les puristes de la série

Lego Star wars, Star wars Rebels, Star wars contre les pokemons… nous voyons ici que la multiplication des séries nuit gravement à la santé des franchises. Personnellement, je frôle l’indigestion.

Conclusion :

Même si Star wars reste LA référence du film de science-fiction, personnellement, depuis l’épisode VII (en fait, depuis l’acquisition de la franchise par Disney) SW est tombé dans mes oubliettes aux côtés de nombreuses autres catastrophes filmographiques (que je nomme affectueusement les catastrofilms) que je ne citerais pas. En fait, depuis que le géant y a mis son grain de sel, la saga a, pour moi, perdu son âme. N’est pas Georges Lucas qui veut…

Star trek a su se refaire une beauté ces trois dernières années avec un film et une série qui sort le mythe de sa caverne. Espérons que le lifting tienne bon.

Pour ma part, et sans être démago, je déclare donc le match nul.

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