BRIGHT - LA CRITIQUE

23 Déc 2017

Notre critique sur le long-métrage Netflix réalisé par David Ayer, avec Joel Edgerton, Will Smith, Edgar Ramirez et Noomi Rapace.

Dans un monde contemporain alternatif, les humains coexistent depuis la nuit des temps avec les Orcs, les Elfes et les Fées. Daryl Ward (Will Smith), un policier humain, est contraint de faire équipe avec Nick Jakoby (Joel Edgerton), le premier policier Orc, afin de stopper une importante menace maléfique. Ce dernier tente de survivre dans ce monde, haï par les membres de son espèce qui le considèrent comme un traître, et méprisé par ses collègues et leur attitude raciste, qui ne voient en lui qu’un animal n’ayant pas sa place dans la police. C’est d’ailleurs l’écriture de ce personnage et l’interprétation extrêmement juste de Joel Edgerton (Ned Kelly, Star Wars Episode 2 et 3, Animal Kingdom, Warrior, Jane got a gun) qui font la force de Bright. Malgré des prothèses et un maquillage pénalisants, il parvient à faire passer d’authentiques émotions, nous livrant un jeu bien supérieur à son collègue Will Smith, qui lui, ne semble pas en mesure de nous offrir une interprétation digne de ce nom depuis Ali de Michael Mann et A la recherche du bonheur de Gabriele Muccino.

Malgré quelques effets spéciaux médiocres, Bright est en réalité un polar qui se laisse regarder, reprenant certains codes du cinéma de David Ayer, en particulier Training Day (dont il avait uniquement écrit le scénario), Bad Times et End of Watch, sauf qu’en plus des communautés noires et hispaniques et des patrouilles du duo de policiers, nous avons des Orcs et des Elfes, sans oublier la présence de magie utilisée par les Bright, qui sont en général des Elfes (voire des humains, dans de très rares cas). Ici, mise à part une infime exception, les Elfes sont issus de la classe sociale la plus élevée, au contraire de la majorité des Orcs qui font partie de divers gangs. Comme le sont les films de Ayer cités précédemment, Bright est un reflet réaliste de notre société et du quotidien des policiers et des gangs, à l’exception que ce traitement met en scène ces « races » particulières. Si vous souhaitez voir ce que donnerait un univers d’heroic fantasy transposé dans un milieu urbain rugueux, Bright vous en montre un réel aperçu. Mention à une scène intelligente où Jakoby assiste à un recours excessif de la force sur des Orcs par ses collègues, qui rappelle ceux utilisés par certains policiers américains sur la communauté noire.

Dans ce monde, il existe également une unité d’intervention sur la magie, la Magic Task Force (le nom est on ne peut plus cliché, nous sommes d’accord), une unité de fédéraux enquêtant sur des affaires officieuses en lien avec la magie. Parmi eux, nous retrouvons avec plaisir le comédien Edgar Ramirez (La vengeance dans la peau, Che - 1ère partie - L’Argentin, Zéro Dark Thirty, Carlos, Cartel), grimé en elfe, et charismatique à souhait. Sa prestation est de loin la meilleure du long-métrage avec celle de Joel Edgerton.

La grande surprise de Bright est la présence de l’excellente Noomi Rapace (Millenium, Sherlock Holmes : Jeu d’ombres, Passion, Quand vient la nuit, Prometheus, Seven Sisters) dans le rôle d’une Elfe qui s’avère être l’antagoniste du récit, bien que cette dernière ne soit pas exploitée à sa juste valeur, livrant par moments un jeu caricatural.

JAKOBY : Toi et moi, on est des gens simples. On est insignifiant, personne ne parle de nous. Mais là, on a une chance d’être des héros. Jirak n’était pas adoubé, comme moi. Un Orc dont tout le monde se fichait. Il a formé l’Armée des neuf races, qui a vaincu le Seigneur des Ténèbres. Un simple fermier qui a changé le monde. Ils ont levé leur épée en son honneur, et l’ont adoubé au même moment. Il a réalisé une grande prophétie, Ward. On est aussi dans une prophétie.

WARD : Mais non !

JAKOBY : Comment tu le sais ?

WARD : On est dans une Toyota Corolla volée. Regarde ma tête. C’est pas une tête de prophète, c’est ma tête des mauvais soirs. 

En dehors de quelques clichés, le traitement et la psychologie des personnages est honnête. Il en va de même pour la réalisation. Toutefois, on se demande ce qui est arrivé à David Ayer depuis Suicide Squad, bien que le long-métrage de DC Films fut réécrit et reshooté selon les directives de Warner Bros. Où est passée la maîtrise ingénieuse d’Ayer pour la mise en scène, comme il avait su l’appliquer dans ses précédents films, en particulier sur Fury qui fut une perfection de réalisation ? Certes, la mise en scène de Bright n’est pas mauvaise, loin de là, mais elle est parfois trop conventionnelle pour un réalisateur comme Ayer, bien que supérieure à celle, bridée, de Suicide Squad. Concernant la composition musicale de David Sardy (Bienvenue à Zombieland, End of Watch, Sabotage), elle s’avère authentique et subtile, permettant d’insuffler une véritable atmosphère au film. En revanche, nous déplorons le final qui s’avère agaçant au plus haut point. Nous regrettons également un talent pur tel que Noomi Rapace réduit à incarner une antagoniste des plus classiques, alors qu’un plus grand potentiel aurait pu être utilisé pour le traitement de son personnage.

En conclusion, Bright n’est certes pas un chef d’oeuvre, mais il est également loin d’être la purge décrite par certains. Nous avons l’impression que ses détracteurs jugent ce long-métrage en ayant en tête le Suicide Squad charcuté de David Ayer, à croire que leur avis est faussé par leur absence de connaissances concernant les précédentes oeuvres authentiques du réalisateur et ses propres codes. Bien sûr, ce mélange des genres peut rebuter, mais il fait preuve d’un traitement assez correcte si on ferme les yeux sur le final et l’écriture du personnage incarné par Noomi Rapace. 

6,75/10

 

Dernière modification le jeudi, 28 décembre 2017 22:44
Jay

Cinéphile et passionné de comics depuis son plus jeune âge, Jay Viallet est également le scénariste et réalisateur de la série digitale BADY TRASH.