Mis à jour le mercredi 7 octobre avec les annonces du premier jour de Skydance
Paramount a bouclé mardi le rachat de Warner Bros. Discovery, pour environ 110 milliards de dollars. Le groupe né de l'opération s'appelle Skydance, du nom de la société de production de David Ellison. Quelques heures plus tard, son patron a donné ses premières orientations devant la presse, sur le plateau Paramount à Hollywood. HBO Max et Paramount+ seront d'abord vendus ensemble, avant de fusionner en un seul service. Au cinéma, Warner Bros. continuera de produire et de sortir ses propres films, ceux de DC compris.
La veille de la clôture, Elena Kagan, juge à la Cour suprême des États-Unis, avait rejeté sans commentaire l'ultime requête de cinq particuliers qui voulaient bloquer l'opération, après avoir été déboutés en première instance puis en appel. Une juge fédérale avait déjà validé l'accord passé avec douze États américains, assorti d'engagements pour les salles (au moins 30 films par an au cinéma, chacun exclusif pendant 45 jours). Le même accord oblige Skydance à conserver les sites de production de Paramount à Hollywood et de Warner à Burbank pendant au moins cinq ans.
HBO Max et Paramount+ d'abord groupés, puis réunis en un seul service

Le communiqué de mardi matin parlait seulement de plateformes qui « s'unifieront avec le temps ». Devant les journalistes, David Ellison a été plus net. « À long terme, le plan est de les réunir. Cela prendra un certain temps. Dans l'immédiat, vous les verrez fonctionner séparément, avec des offres groupées que nous pourrons accélérer à relativement court terme. Je ne peux pas être plus précis aujourd'hui », a-t-il déclaré, selon Deadline et The Hollywood Reporter. Le nom du futur service, son prix et la date de la première offre groupée restent inconnus.
Ellison compte sur l'intelligence artificielle pour accélérer la fusion technique. Paramount a déjà réuni Paramount+, BET+ et Pluto TV sur une même infrastructure. Les sources de Deadline donnent un an pour faire de même avec HBO Max. Ce discours ne colle pas avec celui de Casey Bloys, le patron historique de HBO, qui dirige désormais les contenus des deux plateformes. Une semaine plus tôt, lors d'une conférence organisée par Bloomberg, il prenait pour modèle l'offre groupée HBO Max et Disney+, avec deux services qui restent distincts. Warner connaît le problème, puisque le groupe avait renoncé à fondre Discovery+ dans Max avant de revenir au nom HBO Max.
Casey Bloys a prolongé un contrat qui courait jusqu'à fin 2027, selon Deadline et Variety. Il emmène plusieurs cadres de HBO, dont Francesca Orsi et Amy Gravitt. Cindy Holland, qui dirigeait Paramount+, s'en va. Bloys évaluera ses équipes avant de décider qui reste.
En France, HBO Max et Paramount+ restent deux abonnements séparés
Canal+ distribue déjà les deux plateformes. Paramount+ est inclus sans surcoût dans ses offres depuis août 2024 et HBO Max fait partie de l'offre Ciné Séries. David Ellison n'a précisé ni les pays concernés par la future offre groupée, ni le sort de ces accords de distribution. Pour les abonnés français, la série Harry Potter, produite par HBO sous l'autorité de Casey Bloys, reste attendue le 25 décembre sur HBO Max.
Warner Bros. et Paramount gardent chacun leurs films

Dana Goldberg et Josh Greenstein, venus de Paramount Pictures, dirigent désormais le cinéma des deux studios. Dans une note interne publiée par Variety et Deadline, ils écrivent que Paramount Pictures et Warner Bros. Pictures « continueront de construire et de sortir leurs films séparément, sous leurs marques ». Chaque film s'ouvrira sur le logo de son studio, avec la mention « A Skydance Company » en dessous. DC Studios, New Line et Paramount Primal restent des labels distincts « avec des missions précises », tout comme Warner Bros. Clockwork et Republic Pictures. Pamela Abdy et Michael De Luca, qui dirigeaient le cinéma de Warner, ne font pas partie de la nouvelle équipe.
Le catalogue réuni va de Top Gun, Mission: Impossible et Star Trek côté Paramount à Harry Potter, DC, Game of Thrones et aux films du Seigneur des anneaux, que Warner développe sous licence d'Embracer. Ynon Kreiz, qui partage la direction du groupe avec Ellison, promet des studios « indépendants sur le plan créatif » dont les sorties seront « chorégraphiées » par genre et par public. Variety compte 35 films la première année, soit un tous les dix ou onze jours, avec six dates où deux films du groupe sortent en même temps. Les deux sites de production devraient être spécialisés, le cinéma sur l'un, la télévision et le streaming sur l'autre, sans que Skydance ait dit lequel accueillera quoi.
DC Studios reste à part, Barbie 2 attendra

James Gunn et Peter Safran restent à la tête de DC Studios, malgré l'échec de Supergirl. Ils supervisent toujours The Batman Part II, dont le tournage a été suspendu en début de semaine, ainsi que Man of Tomorrow, vers lequel le final de Lanterns envoie John Stewart.
Sur Barbie 2, Ynon Kreiz, qui avait porté le premier film quand il dirigeait Mattel, s'est contenté d'un « trop tôt pour en parler ». Avec 1,44 milliard de dollars de recettes, Barbie reste le plus gros succès de l'histoire de Warner. Selon Deadline, les droits d'adaptation de Barbie au cinéma reviendront à Mattel en fin d'année si aucun accord n'est trouvé pour une suite. David Ellison promet des films originaux en plus des franchises et cite Sinners de Ryan Coogler, son film préféré de 2025.
Les jeux de Warner et de Paramount fusionnent, Bobby Kotick entre au conseil

Selon Variety, les activités jeux vidéo et loisirs de Paramount et de Warner Bros. Discovery forment désormais une seule équipe, confiée à Tony Driscoll, nommé en juin à la tête du studio de jeux lancé par Paramount. Elle réunit les studios internes de Warner Bros. Games, dont Avalanche Software (Hogwarts Legacy), NetherRealm (Mortal Kombat), Rocksteady, TT Games et les équipes de Montréal et de Boston. Les licences vont de Harry Potter, DC et Game of Thrones à Star Trek, Bob l'éponge et South Park. Aucun nouveau jeu n'a été annoncé.
Bobby Kotick entre au conseil d'administration de Skydance avec Laurene Powell Jobs. Il a dirigé Activision à partir de 1991, puis Activision Blizzard jusqu'à son départ fin 2023, après le rachat par Microsoft. Tony Blair devient conseiller. Selon le document déposé auprès de la SEC, le régulateur boursier américain, Bobby Kotick siégera au comité des nominations et de la gouvernance, sans rôle opérationnel dans les jeux. David Ellison salue un dirigeant qui sait « bâtir des franchises durables ». Ses dernières années chez Activision ont été marquées par la plainte de la Californie pour harcèlement et discrimination au sein de l'entreprise.
Une dette de 80 milliards de dollars à réduire d'ici 2029
Skydance démarre avec environ 80 milliards de dollars de dette, près de sept fois son excédent brut d'exploitation, selon Deadline. Fitch a abaissé sa note la veille de la clôture, après S&P fin septembre. Pour son premier jour à la Bourse de New York, sous le symbole SKYD, l'action a perdu 3 %. Ynon Kreiz promet de réduire l'endettement d'ici 2029. Le groupe prévoit de consacrer 30 à 40 milliards de dollars par an aux contenus.
Le groupe vise plus de 6 milliards de dollars d'économies en trois ans. Ses dirigeants reconnaissent que des suppressions de postes suivront. David Ellison cite en exemple Paramount, où les économies doivent atteindre 2,7 milliards de dollars par an d'ici la fin de l'année, alors que le studio est passé de 8 à 15 films par an. Warner sort de quatre années de coupes sous David Zaslav.
La famille Ellison et le fonds RedBird détiennent la totalité des droits de vote. La famille de Larry Ellison, cofondateur d'Oracle et père de David, a mené une levée de 47 milliards de dollars avec RedBird et les fonds souverains saoudien, qatari et émirien.






