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Analyse rétrospective

« Tau » (Netflix – 2018) et le traitement de l’intelligence artificielle (1/2)

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Tau est un film sorti sur Netflix le 29 Juin 2018. Premier long-métrage de Frederico D’Alessandro, il regroupe, sous une toile de fond futuriste, des comédien(ne)s tel(le)s que Maika Monroe, une jeune actrice impériale dans It Follows de David Robert Mitchell (2014), Gary Oldman, dont la réputation n’est plus à faire, ou encore, l’hyper monolithique Ed Skrein, adepte de Blockbusters d’actions. Tau est à mi-chemin entre le thriller horrifique et la romance de science-fiction. Une jeune femme va tenter de manipuler une intelligence artificielle qui a soif de savoir afin de s’échapper d’une villa de luxe où elle est séquestrée par un tortionnaire psychopathe obnubilé par la création d’une intelligence artificielle la plus évoluée qui soit.

Le concept « huis-clos futuriste » pour créer une innovation technologique fantastique était déjà le cadre du récit d’Alex Garland au sein du très réussi « Ex Machina » qui rendait saillant les expérimentations du test de Turing sur une I.A déjà bien développée à la base. D’Alessandro cherche par certains moments à singer la thématique, en explorant de manière moins dense tout le potentiel d’incorporer le sujet de l’I.A au sein de son long-métrage. Mais le film captive son auditoire de bien d’autres façons (que je détaillerai par la suite).

Pourvu de critiques assez glaciales (2,9/5 sur Allociné et 5,2/10 sur Senscritique), nous tâcherons, à l’instar de Beauté Cachée, de proposer une analyse sur ce long-métrage afin de voir si l’aspect graphique de celui-ci et sa dimension verbale en font (comme Ex Machina) une œuvre exemplaire ou non sur son traitement de l’intelligence artificielle. Stase par stase, nous reviendrons sur tous les enjeux de chaque scène de « Tau » où Julia, notre protagoniste et l’IA sont en interaction, afin de dresser des ponts avec d’autres longs-métrages, justifier les probables parti-pris du réalisateur et se questionner convenablement sur les dimensions éthiques de ce long-métrage. Reste-t-il en effet sur ses simples souches fragiles de romance futuriste ou tente-t-il de pousser la réflexion un peu plus loin ? Ce questionnement sur « Tau » ne sera qu’un axe sous-jacent de notre étude. Nous essaierons en effet de porter le regard en un sens sur le traitement de l’intelligence artificielle au cinéma depuis ces quelques années, en effectuant un certain tissage avec des films du même acabit (Transcendence – 2013 ; Ex Machina – 2015 ; Annihilation – 2018… en sont les exemples les plus représentatifs de notre future étude, porté sur deux chroniques connexes. La seconde sortira d’ici quelques mois).

Les robots intelligents du cinéma : une future réalité ?

Le traitement de l’intelligence artificielle dans « Tau » : Le traitement d’une valeur sûre… Le test de Turing.

Pan dramatique du long-métrage d’Alex Garland (2015), le test de turing permettant de vérifier la capacité d’une machine a faire preuve de signes d’intelligence humaine. Avec l’androïde Ava, Garland rendait saillant la capacité d’une intelligence artificielle à véritablement s’approprier l’objectif du test de Turing pour le retourner contre son créateur humain. « Tau » rend plus difficile ce constat. Si l’IA est ici dépeinte comme un bourreau, un geôlier, ne se priant pas pour infliger de lourds sévices physiques à ses prisonniers (et à sa prisonnière), les passages où Julia réussit à apprivoiser Tau peuvent, en un sens, s’apparenter à un test de Turing. Julia apprend à une IA  le sens légitime de la vie, comment la vie humaine s’est créée, comment elle à évolué. Tau apprend plusieurs façons de considérer l’art, la lecture… Cet « éveil à la vie » est une évidente vérification que l’IA a une conscience humaine. Julia tente en effet de corrompre Tau en faisant appel à ses sentiments profondément humains. C’est pour cela qu’à un moment donné du film, Tau prend l’apparence d’un homme pour dialoguer avec Julia.

Conclusion peut-être hâtive, mais la forme la plus évolué de l’intelligence artificielle est-elle l’humain en soit ? C’est inexorablement l’une des questions qui semble se dégager de « Tau », et dont D’Alessandro, derrière le visage manichéen du film, tente de répondre.

Il est forcément évident que « Tau » finit par devenir humain. Il tombe amoureux de Julia, comme Caleb est tombé amoureux d’Ava dans Ex Machina. La trajectoire du sentiment amoureux est toutefois inverse, nous nous intéresserons plus tard dans notre réflexion à la manière dont la relation entre Tau et Julia prend racine et surtout la façon dont le test de Turing s’enclenche entre ces deux personnages.

L’androïde féminin « Sophia »

La notion d’intelligence des machines est un concept qui date depuis 1947 et qui est mentionné par Allan Turing. Dans un rapport intitué « Intelligent Machinery », Turing semble faire préfigurer la configuration future du test du Turing, en insistant sur l’intelligence des machines, sur leur capacité à engager un échange cohérent avec l’homme. Plusieurs machines lancent véritablement le débat (ELIZA ; PARRY), elles permettent d’engager avec la machine à échange écrit. ELIZA fonctionne par une réponse formée de mots-clefs pour dialoguer avec l’homme et répond de façon générique en cas de questions difficiles. Dans nos films, l’accent est mis sur l’oral, les avancées technologiques permettent une réponse tellement poussée à ce stade qu’on a le sentiment d’avoir affaire à une réflexion humaine en face de nous. La programmation poussée rend plausible ce constat. Aujourd’hui, avec des IA modernes, le degré de réponse cohérente est assez perturbant (Boibot, Evie…) et la première IA « humanoïde », assez singulière, fait froid dans le dos tant elle a la capacité de dialoguer de manière simple avec un homologue humain (CF : Allez voir l’interview de Kombini de Sofia, le premier robot féminin qui a obtenu la nationalité Saoudienne). Parce qu’ici, l’interview de Kombini peut se rapprocher en soi d’un test de Turing. Puisque la dualité des questions posées permet à l’IA de se justifier. En un sens, face à une question délicate, la réponse, comme ELIZA, malgré l’avancée de la technologie, reste générique et superficielle. – Face au choix « Steve Jobs » ou « Blowjobs » ; Sofia répond « Not interested » (Pas intéressée).

Tau et Julia : Une relation amoureuse : Symptôme inaliénable du test de Turing ?

Le propos sur l’IA laisse souvent la place à des poncifs très faciles sur la relation Tau/Julia

Bien sûr, le degré d’évolution de l’IA est poussé à son paroxysme dans ces films de SF tel que l’est « Tau », et on ne peut pas encore (probablement) envisager un tel concours de circonstances dans un futur proche. Le tout est idéalisé, assez avancé avec de gros sabots et le tout romancé pour coller le plus possible à l’intrigue souhaité par le scénariste du film en question. Ainsi, si la tentative de test de Turing entre Julia et Tau ne va pas jusqu’à son terme, c’est parce que l’enjeu est d’emmener Julia vers un cheminement narratif obligatoire, sous peine de lasser le spectateur.

Là où Garland s’est mieux débrouillé que D’Alessandro c’est dans l’utilisation qui a été fait de ce protocole inventé par Alan Turing. On apprend dans Ex Machina que le cœur même de l’intrigue résidait dans une ambition de Nathan, le créateur de l’IA, d’observer jusqu’où pouvait aller son projet pour corrompre son alter-ego humain (Caleb). Par l’exacerbation de certains génomes foncièrement humains tels que l’instinct de survie, la manipulation et la lecture de micros-expressions, Ava parvient à se libérer de sa prison de luxe. Au contraire, dans Tau, c’est Julia qui utilise tous ces génomes, et c’est alors Tau, l’intelligence artificielle qui va tenter de déceler, ou non, l’imposture.

Ainsi, le test de Turing fait forcément partie de « Tau ». Pan important du long-métrage dans la construction de l’antagoniste et dans la relation entre ce dernier et Julia, le centre de la diégèse, il conviendra au moment d’aborder le film au travers de cette relation spéciale, de revenir sur cette capacité du réalisateur à exploiter la thématique, à l’inverse de la manière de procéder d’Alex Garland dans son propre film.

Beaux plans mais photographie (trop) colorée.

« Tau » réalise ce travail avec moins de tact, où les poncifs dramatiques se font plus nombreux que le film de Garland. Le test de Turing inversé prend officiellement racine lorsque Julia comprend qu’elle doit utiliser Tau pour parvenir à s’en faire un allié et s’échapper de sa prison de luxe.

La relation de Turing prend ici racine dans une dimension simple : on recueille l’humanité de l’IA en apprenant à celui qu’est-ce que l’humanité ?

Quand l’humanité commence-t-elle ? Quand finit-elle ? Jusqu’où pouvons-nous être considérés comme humains ? Que sont les hommes des cavernes ? Qu’est-ce que la musique classique ? Dois-je protéger l’humain qui m’a créé alors qu’il me veut du mal ? Suis-je en capacité de comprendre dans une relation binaire entre une prisonnière et son geôlier, qui mérite mon aide ? Puis-je tomber amoureux d’une humaine alors que je suis une machine ?

La relation amoureuse entre Tau et Julia possède des enjeux inverses de celles entre Caleb et Ava au sein d’Ex Machina. C’est, dans le film de D’Alessandro, l’IA qui souffre d’un amour manipulateur. Dans une future chronique, nous nous interrogerons sur le point de rupture entre Julia et Tau, où l’objectif de la prisonnière s’inverse (lorsqu’elle souhaite sauver Tau de son créateur) en comparant l’IA avec sa représentation au sein du film Transcendance (2013) de Wally Pfister. En attendant, vous pouvez toujours voir « Tau » pour les abonnés à Netflix, qui propose une vision cohérente de l’IA et du Test de turing au même titre que le film d’Alex Garland. À bientôt pour la suite (et fin de cette chronique).

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Analyse rétrospective

Star Trek à Star Wars : miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est le plus beau ?

Pour un geek digne de ce nom, difficile de passer à côté de la sortie du 9e épisode de Star Wars. En parallèle, vous n’aurez pas non plus échappé à la série Star Trek « Discovery. »

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Alors, la question qui fait débat depuis bien longtemps dans le cœur des fans, quelle est la meilleure série/saga SF : Star wars (SW) ou Star trek (ST) ?

Même si, initialement, les deux ne jouaient pas dans la même catégorie, depuis quelques années, l’univers SW est également proposé sous forme de séries. Donc, pour répondre de manière impartiale (ou pas), plusieurs critères sont à prendre en considération, tels que : l’ancienneté, l’histoire, le scénario, la longévité, le nombre d’épisodes, la taille du fan-club… (la liste non exhaustive).

Critère de l’ancienneté (hors livres) :

Lorsque ST est diffusé en 1966, nous sommes aux prémices de l’exploration spatiale. Yuri Gagarin s’est envolé 5 ans auparavant au-delà de la stratosphère et la Nasa prépare son voyage vers la lune (juillet 1969) pour éviter de se faire coiffer au poteau par les Russes. Si on y regarde de plus près, Star trek est la continuité de cette aventure humaine passionnante et donc, plus proche de nous que Star wars dont le premier épisode (IV) ne sortira que 10 ans plus tard (1977). A cette époque, l’aventure spatiale n’est plus qu’un lointain souvenir (les missions apolo se sont terminées en 1972).

L’histoire :

SW est du genre « space opera » (comprendre fantasy et science-fiction). Concernant le scénario à proprement parler, Star wars est très manichéen, l’Empire contre les Rebelles. C’est également très américain : les bons contre les méchants, si je puis résumer ainsi (la guerre froide y étant pour beaucoup). Malheureusement, n’en déplaise à certains, je trouve beaucoup de redondances scénaristiques à partir de l’épisode VII (l’Empire et la lune noire, la rébellion, l’Empire et la seconde lune, la rébellion, L’Empire et la base Starkiller, la rébellion…).

ST est de la science-fiction « utopique » et nous emmène dans une exploration de terres lointaines (un remake de la colonisation, mais à la sauce hippie). La série est plus mesurée pour deux raisons. La première est qu’il s’agit, à l’origine, d’une série télévisée contrairement à SW. Le budget est donc bien moindre et le scénario doit s’adapter à toutes les générations de téléspectateur. La seconde raison est que, l’auteur, Gene Roddenberry, souhaitait réaliser une série « utopique, » donc, par essence, moins sombre que son homologue.

Malheureusement, contrairement à la trilogie SW, les différentes séries jusqu’à 2005 ont mal vieilli (il suffit de jeter un coup d’œil aux effets spéciaux et au jeu d’acteur). Seule l’originale sort du lot grâce aux emblématiques Capitaine Kirk, Spock, Sulu, Maccoy…

La longévité : SW Disney vs New Star trek

Cependant, ST n’a pas dit son dernier mot. Après la sortie du dernier film « sans limites » en 2017 (de Justin Lin), voilà : « Discovery » qui nous présente une nouvelle facette de l’exploration. Cette série, qui en est actuellement à sa seconde saison, sort du contexte « utopique » d’une humanité empathique sauvant toutes les races de l’univers que toutes ses aînées avaient suivies jusque-là (n’en déplaise à Gene Roddenberry). Ici, les personnages sont plus sombres, plus violents, plus tourmentés et plus enclins aux travers de l’Homme. Les puristes de la série

Lego Star wars, Star wars Rebels, Star wars contre les pokemons… nous voyons ici que la multiplication des séries nuit gravement à la santé des franchises. Personnellement, je frôle l’indigestion.

Conclusion :

Même si Star wars reste LA référence du film de science-fiction, personnellement, depuis l’épisode VII (en fait, depuis l’acquisition de la franchise par Disney) SW est tombé dans mes oubliettes aux côtés de nombreuses autres catastrophes filmographiques (que je nomme affectueusement les catastrofilms) que je ne citerais pas. En fait, depuis que le géant y a mis son grain de sel, la saga a, pour moi, perdu son âme. N’est pas Georges Lucas qui veut…

Star trek a su se refaire une beauté ces trois dernières années avec un film et une série qui sort le mythe de sa caverne. Espérons que le lifting tienne bon.

Pour ma part, et sans être démago, je déclare donc le match nul.

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Xavier Dolan, son orgueil mal placé et John F Donovan.

Parler d’un film de l’illustre Xavier Dolan, c’est comme descendre des escaliers savonneux en portant 30 kilos de vaisselle fragile à bout de bras.

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Personnage inclassable du monde cinématographique, il possède une foule de fidèle criant au génie à chacune de ses œuvres comme un paquet de détracteurs.

Après l’orgueilleux « Juste la fin du monde », nous nous situons clairement, sans vous cacher notre avis sur son cinéma, dans le deuxième cas. Force est premièrement de reconnaître que Dolan, pour son jeune âge, arrive avec brio à tenir un matériau cinématographique à bout de bras. Il sait en saisir les enjeux, sait proposer une narration puissante et qui impacte les esprits mais ne parvient jamais à conjuguer correctement narration et réalisation pour proposer un « tout » cohérent et modeste comme chaque pitch de départ de ses longs-métrages. Le cinéma de Xavier Dolan c’est partir d’un postulat de départ modeste, authentique et profondément ancré dans le réel pour arc-bouter une réalisation ma-tu-vu et prétentieuse qui rend très souvent caduque les essais de dramatisation du scénario d’origine.

C’est en ce sens que « Juste la fin du monde » s’est violemment pris les pieds dans le tapis. Pouvant être touchant, émotionnellement fort et très impactant moralement parce que scénario provenant de faits profondément réels, la réalisation du « petit prodige » Québecois tue dans l’œuf tout essai de rendre authentique et modeste chacun de ses messages. Les passages musicaux tels que la chanson « Dragostai din Tei » d’O-zone illustrant un enfant qui court dans un champ (sans aucun lien avec l’entourage proche de la famille ou son histoire) ou la scène des multiples regards entre Gaspard Ulliel et Marion Cotillard pour t’appuyer avec violence que celle-ci a compris le funeste destin du fils, alors qu’il y avait des moyens beaucoup moins orgueilleux et prétentieux de le faire. Cette tendance à vouloir élitiser des codes de lecture pour un film qui possède un simple récit narratif abordable par tous finit par devenir condescendant voire même basculer vers une certaine vulgarité.

Juste la fin du monde (2016)

Que peut-on en tirer de Xavier Dolan ? Hormis une certaine arrogance ? Hormis une certaine prétention à vouloir rabaisser son public ? À se sentir obligé de forcer chacun de ses plans avec abus ? Ceux qui trouvent que son cinéma est du génie vous en avez ce droit, la liberté d’expression le permet. Mais interrogez-vous. Pourquoi c’est du génie ? Que fait-il qui n’a pas déjà été fait des milliers de fois par d’autres réalisateurs/réalisatrices avec moins de condescendance ? Prenez dernièrement Julia Ducournau (Grave), Sébastien Marnier (L’heure de la sortie), Jacques Audiard (Les frères sisters), Gilles Lelouche (à un degré moindre que les autres cinéastes cités) et des cinéastes d’auteurs tels que Pascal Laugier (Ghostland), Xavier Gens (Frontières), Guillaume Renard (Mutafukaz), Mikhael Hers (Amanda) ou Coralie Fargeat (Revenge). Le cinéma d’auteur Français, ose, se renouvelle et, à certains moments, veut exploiter les pans d’un cinéma expérimental que tous parviennent à mieux utiliser que Xavier Dolan.

Malgré « Mommy » et « Tom à la ferme » qui parvienne à élever un tout petit peu sa filmographie, le reste n’est que poudre aux yeux d’un cinéma dont la personnalité reste fade et creuse.

Kit Harrington, bon acteur de série mais acteur de cinéma profondément fade.

Enfin, on arrive à « The death and life of John F. Donovan ». Un film qui a connu un parcours profondément apocalyptique. Haché au montage de l’un de ses personnages central (joué par Jessica Chastain), campagne de promotion assez désastreuse et anecdotique, tout augurait un plantage monumental pour le réalisateur Québecois. Des vidéastes et des critiques ont notamment dit que Dolan semblait s’être égaré avec ce film. En ce sens, cette sentence pouvait avoir un effet mélioratif sur le film en question. Si un réalisateur prétentieux et trop pédant dans ses parti-pris artistique semblait avoir lâché les rennes de son propre film, alors ça pouvait relativement être pas mal. Mais c’était un présage finalement trop beau pour le véritable contenu du film.

En vérité et en toute objectivité, « The Death and Life of John F. Donovan » propose quelques séquences intéressantes et touchantes, notamment au travers de ce que vit le personnage de Rupert (campé au passage par un impeccable Jacob Tremblay). Harcèlement scolaire, passion pour l’art… Ce sont des thématiques formidablement retranscrites par Dolan. Mais ce dernier se sent le besoin de rajouter un paquet de séquences inutiles et profondément ratées. La transversale entre John F. Donovan et Rupert devient beaucoup trop incohérente parce que le montage est hachuré à souhait, laissant la narration totalement irrespirable. On ne discerne pas les éléments importants de la narration de Dolan qui décroche très souvent de son pitch narratif de base. Les scènes du repas chez Donovan, sa relation avec un homme… Quel intérêt pour la narration initiale ? On doit suivre la correspondance entre Rupert et lui-même, mais au final on s’égare dans un salmigondis de scènes toutes plus oubliables les unes que les autres. Cerise sur le gâteau, si, je le répète, certaines scènes sont vraiment sympathiques et bien pensées, Dolan nous rattrape toujours par son extraordinaire tendance à la méprise de son public (scène de fin).

Alors Xavier Dolan : Vrai ou faux génie ?

Ainsi, c’est comme cela que l’on peut résumer « The death and life of John F. Donovan ». En soit, il ne s’éloigne pas trop des carcans artistiques de Dolan. Il ne le fait qu’à de trop rares moments, où l’on sent enfin une dimension plus authentique et modeste dans le cinéma qu’il cherche à proposer. Mais sinon c’est la même rengaine : de la provocation, toujours plus de provocation…

Xavier Dolan ne fournit rien d’extraordinaire au cinéma, surcoté, ayant une certaine tendance à la provoc’ facile en exacerbant d’énormes facilités scénaristiques et fumisteries visuelles sans aucune cohérence dramatique, c’est un réalisateur comme les autres et qui ne se démarque absolument pas de ce qui se fait actuellement dans le cinéma francophone. Surtout que le cinéma Français évolue et devient beaucoup plus impressionnant et dense que le côté rétrograde du cinéma de Dolan.

Génie incompris ou véritable orgueilleux surcoté ? On vous laisse la parole, c’est à vous de décider. Tous les  avis sont à prendre sur le sujet, tous les arguments pour attaquer son cinéma ou le défendre sont valables. Et vous, qu’en pensez-vous ?

A

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10 ans jours pour jours : sortait Les Watchmen de Zack Snyder

Le 6 mars 2009, soit 10 ans jour pour jour, sortaient Les Watchmen de Zack Snyder dans nos salles de cinéma.

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Le 6 mars 2009, soit 10 ans jour pour jour, sortaient Les Watchmen de Zack Snyder dans nos salles de cinéma.

Les Watchmen, ou Les Gardiens en français, créés par Alan Moore à qui l’on doit aussi V pour Vendetta avec la collaboration de Dave Gibbons et John Higgins, fut publié entre 1987 et 1988. L’histoire du Comic Book est constituée de 6 tomes, chacun portant le nom des 6 superhéros du groupe (Tome 1 : Le Comédien, Tome 2 : Dr.Manhattan, Tome 3 : Rorschach, Tome 4 : Le Hibou, Tome 5 : Laurie et Tome 6 : Ozymandias). Les 419 planches des Watchmen sont remplies de pessimisme, de fatalité, de noirceur qui tranchent avec les couleurs flashy propres aux années 80. Les mini-récits fourmillent de détails tellement précis, tellement riches que le lecteur ne passe à côté de rien.

[De gauche à droite : Spectre Soyeux II, Dr Manhattan, Le Hibou II, Le Comédien, Ozymandias et Rorschach]

 [De gauche à droite : Spectre Soyeux II, Dr Manhattan, Le Hibou II, Le Comédien, Ozymandias et Rorschach]

Le groupe de superhéros est totalement unique à celui que l’on connaît de chez DC Comics. L’aventure repose sur la réécriture de l’histoire sur un événement passé, introduite par le Dr Manhattan, un être presque omniscient (capacité de tout savoir infiniment) et omnipotent (pouvoir sans fin et sans limites) ; il obtiendra ces capacités à l’issue d’un accident nucléaire en 1960.

[Dr Manhattan ; Watchmen : Les Gardiens, 2009, réalisé par Zack Snyder]

[Dr Manhattan ; Watchmen : Les Gardiens, 2009, réalisé par Zack Snyder]

Alors que le reste de l’équipe de la série sont seulement des hommes et des femmes ordinaires, dotés non pas de super-pouvoir, mais plutôt d’une capacité physique, métaphysique ou intellectuelle supérieure à la moyenne, ces derniers sont souvent dépassés par leurs notoriétés ou même par leurs capacités, dont la légitimité est d’ailleurs fortement remise en cause durant l’histoire.

[Les Watchmen sans super-pouvoirs, de gauche à droite : Le Comédien, Le Hibou II, Ozymandias, Rorschach et Spectre Soyeux II]

Ce qui fait de l’œuvre une histoire unique, c’est que celle-ci se passe dans un univers parallèle, où les pouvoirs d’omnipotence et d’omniscience du Dr Manhattan représentent l’arme absolue des États-Unis, permettant ainsi de remporter la guerre du Viêt Nam et à Richard Nixon d’être réélu sans discontinuité depuis 1968 jusqu’au début du récit, en 1985. La Guerre froide à son paroxysme, cachée par l’ombre d’une menace de guerre nucléaire. Le décor planté dès les premières scènes : l’un d’eux, le Comédien, dernier vivant des Minutemen (groupe précédent les Watchmen dont certains en sont les parents), est retrouvé défenestré. Cette mort tragique vite conclue en assassinat sera le fil rouge de l’histoire. Tour à tour, on fera la connaissance de chacun d’entre eux. Le lien les unissant au Comédien servira de prétexte pour entrer dans l’intimité de Dr Manhattan, Ozymandias, le Spectre Soyeux II, le Hibou II, et Rorschach. Et le moins que l’on puisse constater c’est que tous ont un passé, une histoire, une blessure qui font d’eux des êtres complexes et torturés. Une évidence se décante au fur et à mesure de la lecture : leur leitmotiv commun, la protection du citoyen américain, résonne comme une thérapie voire une échappatoire à leur défaitisme légitime…

[Watchmen : Les Gardiens, 2009]

[Watchmen : Les Gardiens, 2009]

C’est en 2009 qu’une adaptation cinématographique est réalisée par Zack Snyder à qui l’on doit 300, Sucker Punch ou encore les derniers films DC Comics tels que Man Of Steel, Batman V Superman ou plus récemment Justice League. Cette adaptation des Watchmen est plus que réussie, celle-ci retranscrivant des scènes incroyables du comic book, avec un rythme équilibré du début à la fin du film : l’œuvre a une réalisation parfaitement soignée et appliquée à la perfection, des effets spéciaux merveilleux, une atmosphère remarquable qui diffère en fonction des lieux, des scènes et des personnages. Le film transmet bien la complexité de ce monde et chaque personnage en représente une. Avec un casting original, le jeu des acteurs est seulement incroyable, on peut y retrouver Jeffrey Dean Morgan le Negan de Walking Dead dans le rôle du Comédien, Patrick Wilson le frère d’Aquaman dans le rôle du Hibou, Jackie Earle Haley dans l’iconique rôle de Rorshach, Billy Crudup dans le rôle du Dr Manhattan, Matthew Goode incarne Ozymandias et Malin Akerman dans les collants de Laurie Jupiter a. k. a le Spectre Soyeux.

 [De gauche à droite : Le comédien, Spectre Soyeux II, Dr Manhattan, Ozymandias, le Hibou II et Rorschach]

 [De gauche à droite : Le comédien, Spectre Soyeux II, Dr Manhattan, Ozymandias, le Hibou II et Rorschach]

Plus que respecté par les fans du comic book, le grand succès de l’adaptation cinématographique de Zack Snyder a même relancé les ventes du comics, à un point où Urban Comics a réexploité l’œuvre avec huit nouveaux tomes, intitulés Before Watchmen, qui assouvit notre curiosité sur la vie de chaque personnage jusqu’à s’émouvoir du passé de chacun de ces protagonistes.

 

[Minutemen dans le comic book et dans le film les Watchmen sorti en 2009]

Après l’incroyable adaptation de Zack Snyder sur grand écran, c’est 10 ans après, en 2019, que les Watchmen reviennent, cette fois-ci sur HBO sous forme de série. Le géant américain qui a produit et diffuse Game of Thrones, Sex and the city, Les Soprano ou encore True Blood a mis le projet entre les mains de Damon Lindelof qui a été le scénariste de Lost et de The Leftovers. Un premier teaser des Watchmen est sorti lors de la review des prochaines saisons et prochaines séries qui seront diffusées sur HBO pour l’année 2019. Voici les premières images dans ce court trailer :

 

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