INTERVIEW DE STEVE MCMARTY, LE CREATEUR DE SPECIMENS COMICS

19 Jui 2018

Steve McMarty, ce nom vous dit quelque chose ? Si ce n'est pas le cas, sachez qu'il est, entre autres, le créateur et scénariste de Specimens Comics, le prochain comics français qui commence actuellement à se dévoiler avec une certaine pudeur sur les réseaux sociaux . Malgré un emploi du temps surchargé, Steve a accepté cette interview que je lui ai proposé, tout en fournissant, en exclusivité pour les lecteurs de Geeks Lands, une planche non dévoilée jusque là, tirée du script numéro 1 de Specimens Comics.

 

Bonjour Steve et merci de nous accorder un peu de ton temps précieux. Tu es le fondateur de Specimens Comics. Peux-tu nous expliquer la nature exacte de cet ambitieux projet ? S'agit-il d'un seul numéro de comics, d'une collection de comics ou bien est-ce encore autre chose ?

Bonjour Jay, c’est un immense plaisir pour moi de passer un moment avec vous, ça me semble tout aussi précieux. J’ai effectivement créé Specimens Comics qui est un projet de comics tournant autour de treize super-héros principaux, aux styles différents. C’est bien plus qu’une collection, c’est une timeline, chaque personnage aura son lot de numéros qui s’inscrit dans cette ligne de temps, c’est illimité ! C’est d’ailleurs de cette manière que j’ai organisé mon site internet, une timeline.

 

Timeline, un mot que j'apprécie particulièrement. Depuis combien de temps exactement travailles-tu sur ce projet ?

Je porte ces personnages en moi depuis mon plus jeune âge, c’est pour moi un exercice d’écriture thérapeutique. En 2006, j’ai écrit un essai de roman que j’ai envoyé à une maison d’édition mais sans succès, j’ai laissé ça de côté pour travailler dans le domaine dans lequel j’étais formé, en tant qu’électricien. Puis en 2011, j’ai voulu prendre une revanche sur le français que je maîtrisais mal et me sortir de cette étiquette que j’avais sur la tête : électricien. Alors j’ai repris des études de scénariste, et il se trouve que pour l’examen final, je devais présenter un scénario de science-fiction, j’ai donc ressorti le projet de 2006 et l’ai considérablement amélioré. Tout a véritablement commencé ici, car depuis, je ne me suis plus arrêté de créer pour Specimens Comics.

 


De tels investissements personnels et professionnels sur de nombreuses années sont de réels gages de qualité pour un projet, sans compter, j'imagine, les sacrifices qui vont avec. J'ai d'ailleurs cru comprendre que tu avais récemment vendu ta BMW (un très beau modèle) contre une Peugeot 107 afin de pouvoir continuer à financer Specimens Comics. C'est une initiative qui mérite d'être hautement saluée, est-ce vrai ?

Merci, c'est effectivement la raison qui me pousse à m'engager très personnellement dans ce projet, je ne me contente pas de dessiner avec mon niveau limité pour sortir quelque chose de "passable", ayant un récit mûrement construit, ce serait dommage. Alors je m'entoure de professionnels du dessin, des artistes talentueux qui pourront faire ressortir le meilleur de mon univers. Faire une BD coûte cher, et pourtant, j'ai eu un certain nombre de promesses de dons si je démarrais une campagne de financement participative. J'ai fais le choix de ne pas passer par là pour les premières étapes de mon projet, il est important pour moi de montrer mon engagement justement en finançant mon projet moi-même. Je ne peux pas demander un tel effort a des inconnus si je n'en fais pas aussi, alors ça passe par la vente de ma voiture. Plus qu'un sacrifice, c'est une nécessité, un mal pour un bien j'ai envie de dire.


Et bien je me sens moins seul, car c'est exactement ce que j'avais fait pour Bady Trash, financer de ma poche la totalité de la première saison en tournant le dos aux financements participatifs, une initiative qui est parfois incomprise par certaines personnes comme tu l'as probablement constaté parmi ton entourage. A ce propos, rémunères-tu les professionnels qui t'entourent, ou travaillent-ils bénévolement comme pour une websérie ? Et comment les as-tu recrutés ?

Quel plaisir de pouvoir constater, notamment avec Bady Trash, que c’est une décision qui n’empêche pas d’avancer. Sans l’exclure totalement pour autant, je pense qu'un jour, pour mon projet, il sera nécessaire que je l’envisage. En ce qui concerne les collaborations, et bien non, il n’est pas question de bénévolat, je paie mes collaborateurs aux prix qu’ils définissent, je ne négocie jamais un prix. Je préfère renoncer à une collaboration, ou la remettre à plus tard, plutôt que de négocier le prix qu’un artiste trouve juste pour le travail qu’il fournit. J’ai un réseau d’amis sur Facebook d’une richesse incroyable, des artistes aux styles et domaines tout aussi différents les uns que les autres. Pour certains, je vois leur fil d’actu et m’y intéresse, d’autres viennent vers moi en voyant ce que je publie, DeviantArt est une super plateforme également pour ça. Dans un premier temps, c’est très informel, ce que je n'aime pas, préférant avant tout le feeling, puis ensuite on parle contrat. Pour les personnes qui veulent s’essayer à mon univers, j’ai très récemment ouvert la possibilité à la publication d’éventuels fan arts sur ma page Facebook, avec lien de redirection pour la publicité de l’artiste.

 

Blackmatter


Et au niveau de la progression du processus de création, où en êtes-vous ? Combien de pages sont terminées ? Et qu'est-ce que cela représente, en terme de pourcentage par exemple, sur le "plan complet" du projet ?

J’aimerais avoir la possibilité de définir un pourcentage concernant le projet, seulement il y a tant à faire. Par exemple, nous sommes sur l’élaboration du premier numéro en ce moment, je développe également mon site internet et on peut déjà y voir qu’il y a potentiellement trente-et-un numéros de prévus. Tout en gardant à l’esprit que toutes les informations ne sont pas encore sur le site et que c’est sujet à modification. Ce que je peux dire à l’heure qu'il est, c’est que le script du premier numéro est bouclé, qu’il y a déjà quatre planches de dessinées sur les vingt-deux écrites. A une moyenne d’une planche tous les trois jours, on peut imaginer que ce sera réalisé très rapidement mais il y a toujours des imprévus auxquels faire face. J'envisage une traduction sans tarder, ce numéro sera disponible dans un premier temps en français et en anglais. En étant optimiste, très optimiste, j’ai l’espoir de finaliser la version digitale d’ici fin septembre 2018 mais je ne serais pas étonné de devoir pousser à la fin de l’année. Ce qui est certain, c’est que rien ne sera bâclé donc si pour une raison X ou Y cela devait déborder sur l’année qui suit, j’y suis prêt.


Excellente initiative pour une traduction anglaise d'entrée de jeu. Savoir également qu'un créateur et scénariste exige avant tout une lente avancée afin de ne rien négliger est une chose rassurante pour le public, et assez rare ces dernières années comme on peut le voir chez les grandes maisons d'édition telles Marvel et DC, qui exigent parfois des délais très serrés sur certains récits au point de taillader la créativité de leurs artistes. J'imagine que tu te concentres sur le moment présent et la version digitale, mais s'il y avait une chance qu'une version papier voit le jour par la suite, comment l'envisagerais-tu ? Auto-édition, création d'un label pour l'occasion ou recherche de maisons d'édition ? Ou souhaites-tu tout simplement rester sur une version digitale ?

Merci, c’est une réelle envie de le traduire, il y a pas mal d’anglophones dans mes fans Facebook, et pour le coup, je m’en voudrais de ne pas le leur rendre accessible, sans parler du marché qui est plus important bien entendu. Il s’agit là en tout cas d’une auto-édition car je veux un contrôle absolu de mon univers, quoi dire, quoi montrer, quoi faire, tout ceci m’appartient, aucune directive ni aucune censure. D’abord parce que je suis quelqu’un de très indépendant, je ne veux pas de contraintes qui me pousseront soit à bâcler, soit me limiter, soit à tenir des délais insupportables ou à suivre une ligne qui s’écarte de l’originalité du projet. Mais également parce que, comme je l’expliquais, c’est un exercice personnel proche de l’autofiction qui fait que c’est un besoin pour moi de le gérer librement. C’est un raisonnement qui a mis du temps à venir car j’ai fait des démarches de recherches de maisons d’édition il y a quelques temps et à plusieurs reprises, beaucoup de refus, déjà pour le projet en lui-même qui semble trop ambitieux, mais aussi parce que l’on m’a dit qu’une équipe de super-héros ne marcherait pas… Des réponses qui ne m’ont tout de même pas empêché d’en arriver là où j’en suis aujourd’hui avec le projet, de plus en plus concret, un intérêt progressif et même une réelle attente auprès des passionnés, c’est ça que je garde comme message. Les éditeurs ne font pas tout aujourd’hui, avec cette espèce d’hyper-liberté qui ne connait plus de frontières grâce à internet, que ce soit les réseaux sociaux et les forums de partages, les vidéos didactiques et j’en passe. Il s’agit là d’une opportunité offerte à quiconque de gérer un projet dans son ensemble et de se voir un jour récompensé par son travail, j’entends par là de pouvoir en vivre, pas sans prise de risque, mais je dis toujours que le plus gros risque, c’est de ne pas avoir essayé. Pour en finir, oui je l’imprimerai et c’est peut-être là que je ferai une campagne de financement participative, c’est en réflexion en tout cas.

 

Planche inédite en exclusivité

 

Concernant les récits de chaque super-héros, auront-ils leurs propres ambiances, leurs propres codes ? Par exemple un côté cosmique pour untel, un côté psychologique pour un autre, etc ? Ou cela évoluera t-il dans un même ton global ?

C’est primordial, et en même temps une promesse à mes lecteurs. Disons qu’il y aura une ligne générale, celle qui regroupera les péripéties des 13 super-héros principaux, puis des axes annexes pour approfondir le vécu de chacun des héros dans leurs histoires personnelles. Et je porte un intérêt profond dans la manière de raconter chaque histoire dans un univers étendu comme Specimens, avec des personnalités riches et variées, la diversification est importante, tant dans l’écriture que dans le dessin. Arkiel, l’un de mes personnages, est un exemple très concret. Quand j’ai créé ce personnage, je voulais pour lui une influence d’un genre que je ne connaissais pas vraiment, le manga. J’ai confié l’écriture de son histoire à Max, un ami d’enfance, passionné de manga tout en suivant des règles propres à mon univers pour ne pas faire de Arkiel un manga pur et dur. Je peux vous dire que ce mélange est plutôt détonnant, j’ai hâte de mettre son histoire en images. Pour les autres, ça se passe autrement, bien que ce ne soit pas si différent dans le fond. J’ai ce qu’on appelle une personnalité caméléon, cela me sert grandement pour diversifier mes personnages. Tout ceci combiné à l’imagination et aux différentes collaborations avec des artistes incroyables, permet de proposer quelque chose de riche et varié.

 

Arkiel (Jardel Cruz)

 

Peux-tu nous présenter brièvement deux de tes super-héros ? Par exemple un background, une psychologie, des traits caractéristiques.

C’est un exercice qui n’est pas si évident mais qui me plaît, le faire sans spoiler est un véritable défi ! Je peux sans doute parler de L’Aigle Noir, le leader des Specimens. Il prend très rarement part aux affrontements mais le fait quand cela devient nécessaire. Il a véritablement un œil sur toutes les activités liées à son groupe car il est ultra-connecté avec un arsenal de drones rapaces, mais pas que. Il a su composer avec des personnalités totalement différentes pour monter le projet Specimens. Ce projet est composé de deux équipes de six êtres qui ont su se distinguer ou qui ont un potentiel non exploité. Les Specimens chassent véritablement ceux qui peuvent nuire à l’équilibre, même si tout ne se passe pas toujours comme prévu. Dans l’une des équipes, il y a le Géant d’Arondar, un personnage qui mesure pas loin de 3,08m pour 330 kg. Un colosse, je pourrai même dire un monstre car il porte en lui une partie du mal de ses ancêtres et pourtant, il peut être un véritable « nounours » dans ses phases posées et a une certaine notion de ce qui est bon. A l’inverse, il est facile de savoir quand ça ne va pas, le duvet de poils le recouvrant s’épaissit et se fonce, virant presque au noir quand il ne se retient plus. Il a été très difficile pour L’Aigle Noir de le rallier à la cause des Specimens. Je veux insister sur la notion d’équilibre, du bien et du mal, car ce qu’il faut savoir, c’est que ces super-héros peuvent aussi faire le mal. L’Aigle Noir et ses Specimens répondent au SCP (Stellar Council Protectors) qui lui, est seul juge de ce qui est bon ou mauvais dans les actions à mener. Pour donner un exemple simple, Azadith, l’un des super-vilains de mon univers a tendance à faire pencher l’équilibre vers le mal, il est donc en tête de liste du SCP. A l’inverse, Europe, la princesse de Tyr, une super-héroïne (qui n’est pas dans le groupe Specimens), a tendance à faire pencher la balance dans l’autre sens et se trouve également en tête de liste du SCP.


Merci d'avoir su répondre à cette question, je sais à quel point un auteur peut être frileux pour dévoiler certaines choses quand un projet n'est pas encore sorti. Pour conclure, peux-tu nous parler de tes préférences dans le monde des comics ? Et avec quel(s) récit(s) ou adaptation(s) as-tu découvert le 9ème art américain ?

C’est un peu la question que je redoutais en étant tout à fait honnête, mais je suis quelqu’un de totalement transparent et je ne vous cacherai pas que je suis un peu l’auteur qui n’aime pas lire. Ce qui fait que je n’ai pas un référentiel énorme en réalité, mon intérêt pour le 9ème art est venu hyper tard. Pour autant, je baigne dans les super-héros depuis toujours mais sur un tas d’autres supports : animations, séries, films. C’est quand je vivais au Canada que j’ai eu le plaisir de découvrir cet univers, j’ai pour la première fois mis les pieds dans une véritable boutique de comics, mes yeux se sont écarquillés ! J’ai commencé avec un Green Arrow en V.O qui ne m’a pas exalté, puis étant un fan de Superman, je me suis orienté vers ce personnage avec des Superman Saga suivi par Batman Saga… J’ai encore beaucoup à découvrir et pas mal de travail à faire pour enfin réussir à être pleinement pris par un livre. En attendant de rattraper mon retard, j’imagine avec plaisir que cela me donne une sorte de liberté créative, très peu influencé finalement, ce qui me donne une opportunité de faire de la nouveauté.

 

Le Géant d’Arondar (Jardel Cruz)


Atypique en effet. Comme tu le dis, cela évite les influences, ce qui peut être d'autant plus enrichissant pour tes futurs lecteurs. Et bien, Steve, merci beaucoup de t'être rendu disponible pour cette interview. Au nom de Geeks Lands et personnellement, je suivrai avec intérêt l'évolution de Specimens Comics. En attendant, je te souhaite bonne chance pour la continuité de son développement.

C’est moi qui vous remercie, ce fut un plaisir de communiquer davantage sur cet univers qui se met en place. J’enverrai le premier numéro à Geeks Lands lorsqu’il sortira. Et si vous me le permettez, j’aimerai remercier Diego Albuquerque qui fait un travail remarquable sur le dessin ainsi que les futurs intervenants mais également Aurélie ma compagne et Sebastien, Aurore, Max ainsi que tous ceux qui suivent le projet pour leur soutien. A très bientôt Jay, merci.

 

Infos pratiques concernant Specimens Comics :

La page Facebook : https://www.facebook.com/SpecimensComics/

Le site Internet : https://specimenscomics.com/

 

 

Dernière modification le dimanche, 28 octobre 2018 07:23
Jay

Cinéphile et passionné de comics depuis son plus jeune âge, Jay Viallet est également le scénariste et réalisateur de la série digitale BADY TRASH.

 

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